• Après une looooooooooooooooooooongue période de hiatus, me voici de retour avec un petit article (enfin, petit, c'est sûrement vite dit...) sur mon quotidien qui, ces derniers temps, a été bizarrement agité. Evidemment, cette agitation impromptue n'a pas été du meilleur effet... Quand on aspire à une petite vie routinière, on se retrouve vite dépassé par les événements de ce type, à plus forte raison quand on a un peu tendance à être un porte-poisse sur pattes.

    L'événement en question, donc, c'est un déménagement. Carrément.

    Souvenez-vous : ici, je vous parlais de ma grotte, à savoir mon appartement semi-troglodytique, acheté en 2010. Après 7 ans passés dans la pénombre, j'ai eu envie de changer d'air, et, pour être totalement honnête, je me suis surtout sentie à l'étroit. Pourtant, mon appartement n'était pas si riquiqui que ça... 33 m² au sol mais 70 m² de superficie totale : la partie "grotte" (le salon, qui était en fait une ancienne cave) ne comptant pas dans le calcul "Loi Carrez"... 70 m² pour une personne aussi solitaire que moi, on pourrait se dire que c'est laaaaargement suffisant, sauf que visiblement j'ai des goûts de luxe.

    Après quelques mois (quasiment un an) de prospection, et après avoir failli faire une grosseuh bêtise (à savoir acheter une maison qui aurait été un gouffre financier) j'ai renoncé à l'idée d'avoir, justement, une maison avec jardin (carrément hors budget) et j'ai cherché du côté des appartements. Coup de bol, j'ai finalement croisé la route de ce qui, de mon point de vue pas spécialement objectif, est un véritable palace, à savoir un appartement de 94 m², situé à 5 mn à papattes de mon travail ! Deux chambres, un énorme salon de 40 m², un immense balcon, une cuisine équipée, une grande entrée, le tout dans un environnement très lumineux... Le paradis !

    le palace, avant emménagement...

    Le changement a été laborieux, notamment parce que j'ai du vaincre une grosse partie de mes réticences. J'ai cherché pas mal d'excuses foireuses pour ne pas l'acheter, à commencer par le fait qu'il soit équipé de chauffage au sol (nouvelle génération). La vérité, c'est qu'en bonne Aspie, le changement me flanque la frousse, même quand il est initié par moi... Et cet appartement-là est forcément moins "économique" que le précédent en terme de charges et d'impôts... J'ai passé quinze jours à aligner les calculs dans mon calepin. J'ai une petite tendance radine qui n'a rien arrangé... Mais au final j'ai décidé de faire un choix et de privilégier mon confort de vie, chose que je ne regrette absolument plus, presque un mois après mon emménagement ! Pouvoir rentrer chez soi le midi et avoir quasiment deux heures de pause déjeuner, c'est bien appréciable ! Auparavant, je devais faire 40 mn de marche (aller et retour) chaque midi pour la pause déjeuner... Je marche toujours autant dans ma journée, MAIS c'est pour promener mon chien ou pour flâner.

    le palace, après emménagement !

    Niveau situation géographique, mon nouvel appartement a le gros avantage d'être situé sur une avenue passante, mais de communiquer également avec une zone beaucoup plus calme. Le matin, je suis réveillée par le chant des oiseaux (en plein centre-ville, c'est appréciable !) et je peux dormir les fenêtres ouvertes. Mention spéciale également au balcon, qui est devenu le lieu favori de mon toutou, qui chaque soir me fait savoir qu'il aurait bien envie d'y mettre les pattes ! Au passage, rien de tel qu'un balcon pour renouer avec le plaisir de la lecture ! Quant aux voisins, ils frôlent tous les 80 ans et je n'entends AUCUN bruit, ni le matin, ni la journée, ni la nuit. A se demander s'ils sont réels !! Si ça se trouve, ce sont tous les fantômes ! Esprit es-tu là ?

    pause lecture, sur le balcon, avec Cui-Cui !

    J'ai eu la malchance de cumuler pas mal de tuiles dans l'aventure achat/revente, et pourtant on aurait pu croire que ce serait simple, vu que j'ai revendu mon premier appartement à mes parents, qui veulent en faire un bien locatif. Mais je suis tombée sur un courtier pas pressé, sur un agent immobilier antipathique et pas spécialement dynamique, et j'ai passé deux mois à devoir vociférer sur tout le monde pour faire valoir mes droits. Je savais déjà que sur le plan administratif, notre pays était un peu vaseux, mais là, franchement, j'en ai eu la démonstration flagrante. Il y a sept ans, mon achat a été hyper facile, alors même que j'avais une situation moins confortable : j'étais en emploi précaire, je gagnais 900 euros de moins, je n'avais aucune sécurité de l'emploi... Cette année, c'était tout le contraire : fonctionnaire, un bon salaire, des économies pas négligeables...et pourtant, ça a été la galère d'un bout à l'autre. D'ailleurs, à ce jour, je n'ai toujours pas vendu mon premier appartement à mes parents, le dossier ayant pris un retard monstrueux à cause de ces fichues lenteurs administratives !! Pour quelqu'un d'aussi maniaque et prévisible que moi, ça a clairement été une torture !

    Ne parlons pas du déménagement, des cartons, du contexte "social" à gérer (mon Dieu, 4 inconnus CHEZ MOI à qui il a fallu PARLER toute une matinée durant !), de la fatigue à encaisser (sachant que parfois dire simplement bonjour à cinq personnes différentes suffit à m'éreinter...)... De la galère pour faire ouvrir la ligne Internet (et découvrir que mon FAI ne fonctionnait pas à ma nouvelle adresse, j'ai été obligée de passer au FAI dont le nom est celui d'un célèbre agrume, ce qui n'a pas été la meilleure nouvelle du siècle !)... Du banquier qui m'a pris la tête parce que j'ai formellement refusé de prendre une carte de crédit horriblement coûteuse chez lui, et qui a voulu me faire croire que j'étais en tort... Et du fait qu'il va bientôt me falloir choisir le papier peint et le parquet... Rappelons que je n'ai AUCUN sens esthétique et que ça va juste être atroce de devoir choisir quelque chose...

    Ce qui est sûr et certain, c'est que, sauf gros gain au Loto, cet achat immobilier sera le dernier de mon existence ! 

    Ce qui est évident également, c'est que ce gros changement a dévoré une grande partie de mon énergie. Pendant trois mois, j'ai été incapable de me consacrer à autre chose qu'à ce déménagement ! J'en ai pourtant vécu énormément avec mes parents (j'ai perdu le compte au bout du 14ème...) mais là c'était différent, c'était le MIEN et il a bien fallu que je le gère d'un bout à l'autre !

    Heureusement, maintenant les choses se sont calmées et je profite bien comme il faut de mon nouveau chez-moi ! Et malgré le côté épuisant de l'aventure, je ne regrette pas de m'être forcée à franchir le pas !

    Ça déménage...au sens propre !


    votre commentaire
  • Aujourd'hui, c'est le jour "guimauve". Le jour des z'amoureux, parait-il. Le jour où on voit fleurir des messages mièvres, où les hommes dévalisent les fleuristes, les bijoutiers, les parfumeurs, où les restaurants proposent des menus spéciaux, etc. Le jour aussi où les célibataires sont censés déprimer, se morfondre, pleurer sur l'injustice du monde, ou participer à des soirées "pour célibataires", pour précisément ne plus déprimer l'an prochain à la même époque.

    Et moi, dans tout ça, je me situe où ?? 

    Je n'en sais fichtrement rien. Pas du côté déprime, ça c'est clair et net. J'ai toujours été célibataire, je n'ai jamais eu l'ombre d'un flirt, ni à l'adolescence ni après, et je n'ai jamais éprouvé de manque ou d'envie. Et quand bien même j'aurais eu une vie amoureuse, eh bien, franchement...je trouve cette "fête" assez vide de sens. Comme si les amoureux avaient besoin d'un jour spécial pour manifester leurs sentiments à leur moitié... On me dira, je dis ça par manque d'expérience, parce que je n'ai jamais connu "l'émoi amoureux" et que forcément je suis insensible au côté romantique de l'affaire. Peut-être. Peut-être pas. Je le reconnais bien volontiers, je n'ai jamais eu la fibre sentimentale. Quand les petites filles rêvaient d'un prince charmant devant les dessins animés de Walt Disney, moi je m'imaginais en train de traquer les criminels avec Rick Hunter ou Hooker...

    Ces deux dernières années, j'ai tenté de m'ouvrir un peu à cette dimension amoureuse, parce que quelque part je suis consciente que, dans le futur, je pourrai peut-être être amenée à regretter ce mode de vie qui est le mien. J'avais mentionné ici mes quelques expériences avortées. J'ai tenté de me réinscrire sur des sites de rencontre confidentiels, spécial geeks, spécial asexuels, bref, des sites qui sur le papier me correspondent. Mais depuis quelque temps, je fais un blocage complet à l'idée d'être inscrite sur ce type de support. J'y reste grand maximum deux jours avant d'effacer mon profil et de disparaître. Pas parce que je n'assume pas d'y être inscrite. Mais parce qu'au fond ma démarche me parait vraiment trop vide de sens. Je ne m'y inscrit pas parce que je rêve de trouver "le Grand Amour" mais juste parce que... eh bien... parce que, je crois, j'essaie de me "forcer" à m'intéresser au sujet. Ce qui n'est pas bien malin, parce que j'imagine que le sentiment amoureux, ça existe ou ça n'existe pas, mais ça ne peut pas se "créer" de toute pièce sur la peur d'un éventuel manque futur.

    La vérité, c'est que je ne me vois pas vivre en couple. Même sans parler de vivre sous le même toit. Partager mon temps libre avec quelqu'un, devoir faire des concessions de temps en temps, être obligée de discuter et de demander à l'autre de me raconter ses journées quand je n'aspirerais qu'au silence, devoir supporter une proximité physique (même occasionnelle), devoir entretenir la flamme en ayant des petites attentions pour l'autre... Tout ça me parait bien contraignant, et pas du tout, du tout proche de mon caractère et de mes attentes.

    Evidemment, les éternels optimistes, ceux pour qui ma situation est "déprimante" et pour lesquels il est inconcevable que je m'épanouisse dans la solitude, sont toujours là pour me dire que c'est parce que je n'ai pas rencontré "la bonne personne".

    Moi, je n'y crois pas. J'ai déjà été draguée. J'ai déjà échangé avec des hommes dont le profil se rapprochait du mien et qui me manifestaient de l'intérêt. Et ? Eh bien, je n'y ai jamais donné suite. Parce que, toujours, il manque cette envie. Personne ne pourra la faire naître d'un coup de baguette magique. J'ai toujours été le genre de personne à s'épanouir dans le silence et la solitude. Les amis, les sorties, la famille, ça ne m'a jamais attirée, au contraire, ça m'a toujours mise en fuite. Rien que le côté "aller boire un café" me rebute. Parce que pendant que je serai attablée avec l'homme qui m'aura invitée, je serais en train de ruminer sur le fait que ce temps de pause aurait été plus plaisant si je l'avais passé toute seule chez moi, avec un bouquin, un puzzle, un jeu vidéo ou un DVD. Sans compter que dans ce genre de contexte, j'aurais clairement l'impression de jouer un rôle, d'être hypocrite, de mentir à l'autre qui penserait que je suis heureuse de passer un moment en sa compagnie... Je joue un rôle en permanence dès que je sors de chez moi pour aller au travail, et je me refuse d'endosser encore un autre rôle quand il s'agit de ma vie personnelle.

    Du coup, ces histoires de Saint-Valentin me font doucement rigoler. Surtout quand on me sort (de plus en plus rarement, heureusement !) des phrases toutes faites du style "je te souhaite que ce soit ta dernière Saint-Valentin en solo". Les gens, parfois, devraient se renseigner avant de parler !

    Cependant, le plus dur à gérer pour moi, ce sont les femmes célibataires et frustrées de l'être qui, me sachant célibataire moi aussi, pensent que je vais partager leur détresse et leur désespoir. Et qui me prennent en grippe quand elles réalisent qu'en fait je suis bien contente d'être comme je suis. Avec le temps, j'ai appris à ne plus trop claironner sur les toits que j'étais heureuse dans mon célibat, juste pour éviter de nourrir les rancœurs de mes collègues qui souffrent de leur situation...et qui semblent considérer qu'il est impossible de s'épanouir quand on est seul(e).

    Avouons-le, au final elles ne m'agacent même plus, elles me font juste pitié... Parce qu'elles n'ont pas compris l'essentiel : le bonheur est une notion égoïste qu'on peut très bien cultiver en solitaire. D'autant qu'une petite partie de moi reste persuadée qu'il est impossible d'être heureux à deux quand on n'est déjà pas capable de l'être quand on vit seul...


    votre commentaire
  • Hier, en échangeant sur le Net, quelqu'un m'a dit que j'étais sûrement Asperger.

    C'est rigolo, parce que je n'en avais absolument pas parlé, et parce que je ne faisais qu'échanger autour de la solitude. MA solitude, celle que je chéris depuis que je suis toute petite. J'étais sur un forum dédié aux gens novices en matière de relations amoureuses quand on m'a dit ça. J'y étais allée par curiosité, pour zieuter un peu les profils existants (et pour me rendre compte que décidément je ne rentre dans aucune case, ces gens-là aussi sont en grande souffrance morale et subissent leur situation, ce qui n'a jamais été mon cas, bref, passons...)... J'avais ouvert un fil pour me présenter, parce que c'était obligé, et donc j'avais exposé ma situation et mon mode de vie. Solitaire, donc.

    Il n'a pas fallu deux heures pour qu'on vienne me dire que je devrais "me forcer à voir du monde", "me trouver des activités moins solitaires", voire même carrément "voir un psy". Le ton n'était pas méchant, pas agressif, je suis persuadée qu'ils pensaient bien faire, mais...c'est un peu récurrent, ce discours, non ?

    La personne qui a parlé d'Asperger m'a dit qu'une autre utilisatrice s'était inscrite sur ce même forum une année plus tôt et qu'elle était Aspie, que son discours présentait des similitudes avec moi. Et m'a suggéré qu'Asperger pouvait expliquer ma vie solitaire. Ah ah ah. Je me marre, mon canard, parce que figurez-vous que les Aspies officiellement diagnostiqués, et même la psy que j'ai vue très très brièvement, m'ont dit que j'étais "trop" solitaire pour n'être "que" Asperger.

    Le paradoxe, donc, c'est que pour les gens lambda, ma solitude peut découler d'un Asperger. Et que pour les Aspergers, je suis trop solitaire (et trop égocentrique) pour être Aspie.

    Avouons que c'est comique...

     

    Du coup, ça m'a donné envie de revenir un peu sur cette histoire de solitude, même si j'avais rapidement abordé la question l'an dernier. Pour ma part, je considère que je suis Asperger ET solitaire. J'avoue, au tout début j'ai cru que seul Asperger pouvait expliquer mon amour inconditionnel de la solitude, mais j'ai vite réalisé que je me fourvoyais en me renseignant davantage que le sujet. Normalement, Asperger crée un sentiment d'isolement, une souffrance liée au fait que l'individu atteint est incapable de décoder les codes sociaux et de se mêler aux autres. Moi je sais décoder ces fameux codes (pas tous, uniquement ceux qui ont trait au travail... mais j'ai un gros côté "caméléon" qui m'a toujours aidée à m'adapter...) mais simplement je n'ai pas envie, pas besoin d'avoir une vie sociale. Et surtout, ça n'engendre aucune souffrance. Au contraire, c'est la socialisation imposée qui me fait souvent souffrir ! Quand je suis seule, dans le calme de mon domicile, livrée à moi-même, je suis paisible, tranquille, zen, calme, détendue, insérez l'adjectif de votre choix.

    Depuis que je suis toute gamine, on associe mon comportement solitaire à (entourez la réponse souhaitée) : une maltraitance parentale, une phobie sociale, une timidité maladive, un manque de confiance en moi, un complexe d'infériorité. Et j'en passe.

    Je n'ai jamais, jamais été maltraitée (moi j'étais plutôt du style enfant-tyran qu'enfant-tyrannisé...), je n'ai aucune phobie sociale (ni agoraphobie, au revoir Docteur !), je ne suis pas timide (réservée, oui, par choix, parce qu'on apprend énormément en observant d'abord et en prenant la parole plus tard...), et j'ai une très haute idée de moi-même (et tant pis si ça ne se dit pas !)... Et j'ai plutôt un complexe de supériorité qu'autre chose (oui, je sais, ça ne se dit pas non plus, mais je n'en ai pas honte !)...

    On m'a enquiquinée toute ma vie durant sur le sujet. Enfant, ça m'a valu des visites chez les psychologues scolaires. Qui au passage m'ont dégoûtée à vie des psys. Ado, ça me valait des réflexions de mes responsables de division, qui voulaient que je "prenne part à la vie en collectivité". J'aurais envie de leur dire, maintenant, avec le recul, que lorsqu'on s'acharne à forcer les gamins à faire des choses qui les répugnent, on ne parvient qu'à une chose, les bloquer davantage...

    Adulte, ça me vaut d'être encore taxée de "snob" ou d'être regardée comme une chose bizarroïde.

    Je n'ai jamais réussi à comprendre ce qui justifiait ces attitudes tordues.

    Je veux dire : pourquoi associe-t-on forcément la solitude CHOISIE à un mal-être, à une souffrance, voire, parfois, à une pathologie mentale ???

    Pour moi, la solitude, c'est juste une préférence, un trait de caractère à la limite, un mode de vie pleinement assumé surtout !

    Comme je l'ai déjà dit, je reste consciente que, peut-être, éventuellement, hypothétiquement, l'isolement que j'affectionne tant maintenant pourra me faire souffrir dans dix ou vingt ans. Mais soyons honnête, il serait ridicule de révolutionner un présent qui me plait pour prévenir d'éventuelles difficultés futures ! Sans compter que plus j'y réfléchis, et moins il me semble plausible que, hop, brusquement, d'un coup de baguette magique, je me dise : "ouin, je veux avoir des amis, je veux avoir une vie de famille, je veux sortir tout le temps"... Sauf gros coup sur la tête, franchement, ça m'étonnerait fort que je change de personnalité du jour au lendemain !

    Reste ce paradoxe de la solitude...qui rend parfois agressifs les autres. Ce n'était pas le cas hier, sur ce forum dont j'ai parlé plus haut. Mais ça a déjà été le cas avant. Plus d'une fois. IRL et sur le Web.

    Il y a des collègues qui m'ont prise en grippe parce que je fais "bande à part" en refusant de déjeuner avec eux, de participer aux soirées qu'ils organisent, d'aller aux pots de départ, voire récemment de donner de l'argent pour une collecte (quand je n'aime pas, je ne me force pas, même si officiellement je n'ai jamais rien reproché à la personne concernée par la collecte... Officieusement, c'était une autre histoire, j'ai donc refusé de jouer la carte de l’hypocrisie. Et de me séparer de mes dix euros. Navrée les gens, l'argent ça ne pousse pas sur les arbres...)... Il y en a une qui se sent persécutée parce que je ne lui parle pas assez. Et que j'ai refusé d'entrer dans le jeu absurde qui consistait à ramener un gâteau, chacun son tour, toutes les semaines. Partant du principe que je ne mangeais pas de gâteau (je fais gaffe à ma ligne, moi !) je n'ai jamais jugé utile de participer, surtout que la majorité des collègues vivaient le truc comme une corvée. Et devaient se farcir les commentaires désobligeants quand le gâteau n'était pas au goût de ces messieurs-dames. Merci bien.

    Au lycée, il y avait des filles qui pensaient que je les snobais parce que je refusais poliment de m'asseoir à côté d'elle en classe ou dans le bus.

    En primaire, les instituteurs me couraient après pour me forcer à aller jouer avec les autres, alors que je voulais juste lire sur mon banc.

    Et aujourd'hui encore, quand j'ai le malheur d'exposer mon mode de vie sur des lieux censés être des lieux d'échange (ce que je ne fais quasiment plus... à force, ça devient lassant d'entendre les mêmes réflexions !) on me dit que je "me fais des idées", que j'essaie de "me convaincre que je suis heureuse" ou encore que je veux "narguer les autres avec mon bonheur factice". Comme si, au choix, il était impossible OU malsain OU illusoire de trouver la solitude agréable et réconfortante...

    Je passerais sur le fameux discours qui répète en boucle que je suis forcément plus sociable que je le dis parce que je me sers d'Internet pour échanger. Ces gens-là ont une notion totalement faussée du Web. Ce sont sûrement les mêmes qui pensent avoir plein d'amis parce qu'ils sont envahis de demandes de gens qu'ils ne connaissent même pas sur FB...

    Au final, le vrai paradoxe, c'est que les gens comme moi, qui n'ont pas besoin d'avoir une vie sociale trépidante, qui n'envisagent pas de renoncer à leur mode de vie solitaire, qui ne s'ennuient jamais, même quand ils passent dix jours seuls chez eux...semblent déranger ceux qui n'envisagent pas de vivre sans amis et sans famille. Pourquoi ? Aucune idée ! Parce qu'on les renvoie à leur incapacité à supporter leur propre compagnie ? Parce que la solitude les angoisse et qu'ils nous en veulent de la trouver épanouissante ? Parce qu'ils ont été formatés par l'idée que "l'homme est un animal social" et qu'ils sont convaincus qu'on ne peut pas apprécier la solitude ? Parce que ce qui est différent fait toujours peur, quoi qu'on en dise ? Je n'en sais fichtrement rien.

    Personnellement, j'ai toujours estimé que mon mode de vie ne faisait de mal à personne. Et que donc personne n'avait le droit de me le reprocher... Je ne reprendrais pas l'adage qui dit "pour vivre heureux, vivons caché" parce qu'on va encore me dire que si on ressent le besoin de "se cacher" c'est qu'on a un souci avec le monde extérieur... Je dirais juste que notre vie nous appartient, individuellement, et que c'est à chacun de voir ce qu'il veut en faire. Si pour certains l'épanouissement passe par une vie sociale ultra riche, tant mieux. Si pour d'autres, comme moi, ça passe par une vie casanière et solitaire, tant mieux aussi ! Le principal, c'est que chacun y trouve son compte. Et qu'il arrête de lorgner le mode de vie du voisin...


    1 commentaire
  • Dernièrement, j'ai pris des distances avec les communautés (forums, groupes FB...) qui fleurissent un peu partout sur la Toile et qui sont consacrées à Asperger. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'à chaque fois, au bout d'un moment, se pose la question de ma "légitimité" au sein de tels groupes.

    Au début, je pensais que ça venait du fait que je n'avais pas de diagnostic officiel. Après tout, l'avis isolé d'une psy est un bon indice mais n'a rien d'une vérité absolue. Je le sais, j'en suis consciente, je l'admets, et...je m'en fiche.

    Manifestement, ça pose un autre problème. Je ne suis pas à la recherche d'un diagnostic qui inscrirait mon Asperger dans le marbre. Qui me ferait passer de "supposément Asperger" à "réellement Asperger". Bref. Il parait que les Aspies n'aiment pas les incertitudes. Personnellement, je n'ai pas l'impression d'être dans l'incertitude. Je suis convaincue que je colle au profil Asperger. Je pense également que je ne suis pas "que" Aspie. Je suis trop solitaire, ça fausse forcément la donne à un moment donné. Comment souffrir de l'incapacité à nouer des liens sociaux quand on n'a jamais ressenti le moindre attrait pour la dimension sociale, justement ? Je n'ai jamais, jamais, jamais souffert de mon inaptitude à nouer des liens. Au contraire, j'ai toujours souffert des tentatives extérieures pour "faire exploser" ma bulle. J'ai souffert quand les instits me forçaient à poser mon précieux bouquin pour aller jouer à des jeux crétins avec des camarades pour qui je n'éprouvais aucun intérêt. J'ai souffert quand, pour me "socialiser", ma mère s'est mise en tête de garder des marmots (qui au passage doivent garder un souvenir ému de mon accueil chaleureux, arf !). J'ai souffert quand mes parents m'ont "forcée" à fêter mes anniversaires en classe, alors que je n'y voyais qu'un calvaire. J'ai souffert quand, toujours pour me socialiser, ils ont tenté une inscription au club de tennis, pour m'inciter à sortir de chez moi.

    Il semblerait que la "souffrance" (le terme est quand même fort !) que je ressentais alors n'ait rien à voir avec la souffrance, réelle, douloureuse, handicapante, que les Aspergers lambda ressentent quand ils subissent une situation sociale. Le truc, c'est qu'en majorité, ils VEULENT s'intégrer dans la vie sociale. Ils VEULENT avoir des amis. Ils VEULENT qu'on leur parle, qu'on les invite, qu'on les prenne en considération.

    Moi... Eh bien, moi, c'était, et c'est encore, exactement l'inverse.

    Le hic, c'est que j'ai souvent retrouvé les mêmes travers sur les groupes que j'ai fréquentés. Visiblement, pour beaucoup, il y a un portrait-type de l'Asperger pur souche. Il doit souffrir de son isolement. Il doit rêver d'avoir une vie de famille normale, classique, chaleureuse. Il doit se remettre sans cesse en question. J'en passe. Je pense que cette façon de voir les choses est non seulement faussée mais dangereuse. Être Asperger, ça n'est qu'une caractéristique parmi tant d'autres. Ça ne définit pas une personne dans son ensemble. Il faut aussi accepter de tenir compte de la personnalité, de l'enfance, du cadre de vie, du milieu social même, allez savoir ! Je suis (supposément) Asperger, mais je suis aussi solitaire, réservée, méfiante, geek, un peu snob à mes moments perdus, vieux jeu sur beaucoup de domaines, etc... Il peut y avoir des Aspergers qui ne supportent pas d'être seuls, d'autres qui vont avoir besoin de s'exprimer à tout bout de champ, d'autres qui vont être naïfs et facilement manipulables... Encore une fois, tout est une question de caractère !

    De même, beaucoup d'Aspies semblent prendre plaisir à dénigrer ceux qu'ils appellent les "Neurotypiques". A croire que l'intelligence et la gentillesse ne sont que l'apanage des Aspergers... Je trouve un peu dommage de tomber dans la caricature. Si je ne suis pas la dernière à me plaindre des gens qui m'agacent, ce n'est pas pour autant que je les dénigre parce qu'ils sont "Neurotypiques" ! 

    Donc, voilà, j'ai mis de la distance avec tout ça. Ca me chauffait les oreilles depuis un petit moment, et hop, juste avant mes vacances, j'ai éprouvé soudain de besoin de couper les ponts. Attention, je ne dis pas que tout le monde dans ces groupes est rangé à la même enseigne ! Et je maintiens que ce genre de structures peut être une véritable aide pour les gens qui cherchent de l'aide pour mieux vivre leur Asperger. Cependant, moi, je considère que je n'y ai pas (plus ?) ma place.

    A cause de mon refus de diagnostic officiel, mais pas que.

    Le diagnostic officiel, justement, venons-en. Pourquoi je le refuse ? Je pourrais invoquer le fait que je n'aime pas les psys. Que l'idée d'être hachée menu pendant trois ou quatre jours par des tas de psy-bidules-chouettes me donne des sueurs froides (à choisir, je préférerais encore être enfermée pendant le même laps de temps avec des zombies évadés de The Walking Dead !). Que, ne conduisant pas, j'aurais déjà du mal à faire le trajet jusqu'au CRA de ma région et que je ne me sens pas le courage d'affronter le train, le bus et le tram. Que, mes parents (enfin ma mère surtout) refusant de prendre part au diagnostic, je pense déjà partir avec un sérieux handicap...

    La vérité, elle tient en une phrase : JE N'AI PAS BESOIN DE CETTE RECONNAISSANCE ! N'en déplaise à la psy que j'ai vue un temps, et qui m'a orientée vers la piste Asperger, je n'éprouve aucune envie d'officialiser la chose. D'après cette spécialiste, je finirai (pas au conditionnel mais bien au futur !) tôt ou tard par souffrir et de mon isolement "extrême" (d'après elle) et de mes difficultés relationnelles, et de mon stress quasi permanent. Elle pensait que vouloir travailler à temps plein jusqu'à la retraite était une utopie, et que je n'y parviendrais pas. Elle craignait le burn-out (que j'ai frôlé, je crois, mais pas du tout à cause d'Asperger ! Plutôt à cause de l'incompétence et de la méchanceté de certains...) et voulait me convaincre de passer par le CRA pour obtenir la confirmation du diagnostic, et par la suite...un statut "AAH". Ce qui signifie : Allocation pour Adulte Handicapé. Non mais, seriously?? J'ai mis un terme au suivi psy devant son insistance sur le sujet. Je n'ai aucun préjugé sur les Aspergers qui bénéficient de ce statut, je sais que beaucoup ont de réelles difficultés à gérer le quotidien et que ça les rend incapable d'affronter le monde du travail. MAIS je sais aussi que j'ai eu toute ma vie une chance MONSTRUEUSE (pourvu que ça dure, hihi !) et que je ne m'imagine pas me retrancher derrière Asperger pour ne plus bosser qu'à mi-temps (c'était son idée...).

    Nom d'un éléphant rose : j'ai 34 ans, un appartement à moi, un boulot fixe depuis 13 ans et un statut tout beau tout neuf de fonctionnaire ! En quoi ai-je le droit de me plaindre ? Alors oui, je suis crevée tous les soirs. Alors oui, je suis incapable de socialiser, même le weekend, même pendant les vacances, parce que le boulot me vide de toute envie de voir du monde. Alors oui, j'ai deux-trois crises d'angoisse par jour, et une bonne crise de migraine par semaine dès que je travaille. Et puis ? Je connais ça depuis mon enfance. J'ai toujours somatisé. J'ai toujours eu des angoisses. Des troubles du sommeil. J'en passe. J'ai l'habitude, en quelque sorte. Je sais que je ne serai jamais zen. Boulot ou pas. Et puis j'aime trop mon petit confort pour me priver d'une bonne moitié (si pas plus !) de ma paie ! Pour de bon, voir moins d'argent entrer sur mon compte en banque serait une bonne grosse source d'angoisse !

    Et puis quand bien même... Tout ce que j'ai cité plus haut, l'appart, le boulot, la vie indépendante... Je sais que ça rendrait perplexes les psys du CRA. Je suis une Aspie-Caméléon, j'ai su dompter mes difficultés pour devenir parfaitement autonome (ou presque). Contrairement à beaucoup, je sais gérer les difficultés administratives, je sais téléphoner pour obtenir des renseignements (même si je maintiens que le téléphone est une invention du diable !), je sais gérer mes finances à la perfection, je sais tout autant gérer mes relations avec ma hiérarchie, prendre des initiatives, imposer mes idées... Reste les difficultés relationnelles. Elles sont réelles, je le sais. Mais je sais aussi qu'elles n'occasionnent aucune souffrance, et je ne me vois pas prétendre le contraire devant des professionnels juste pour obtenir l'officialisation du diagnostic.

    On m'a accusée récemment de vouloir surfer sur l'effet de mode. Il semblerait qu'être Aspie, c'est tendance. Eh bien désolée, mais moi, je n'en tire aucune gloire. Et si au contraire je voulais me pavaner et afficher bien haut l'étiquette "JE SUIS ASPIE", il me semble que j'aurais entamé les démarches auprès du CRA depuis belle lurette ! Je ne parle pas d'Asperger à tout bout de champ. J'ai jugé utile d'informer les gens que je connais, mais depuis j'ai laissé le sujet de côté. C'est un peu comme si je leur avais dit "au fait, je suis myope". Mon mode de vie n'a rien de glorieux. Rien de honteux non plus, soyons clair. Mais il n'y a pas de quoi en faire la publicité !

    Je ne demande à personne de valider le diagnostic "officieux" que j'ai reçu. Je ne demande à personne d'y croire à 100%. Je considère que l'essentiel, c'est que moi, je me reconnaisse dans ce portrait. Que je puisse enfin mieux cerner mes difficultés. Les cerner, pas les dompter, pas les effacer, pas les "surmonter". Je n'ai pas envie, pas besoin de changer de mode de vie. Être officiellement reconnue Asperger, ça ne me rendrait ni plus zen, ni plus sociable. Ça n'enlèverait rien au fait que je n'ai jamais éprouvé le besoin de construire un cercle social.

    Donc non, désolée, même si ça enlève une partie de ma crédibilité, je le maintiens : pas de diagnostic officiel pour moi !!


    2 commentaires
  • J'ai hésité avant de publier quelque chose sur le sujet, de peur d'être maladroite, et puis je me suis dit qu'il fallait que je me jette à l'eau.

    Pour être franche, je me sens un peu "mitigée" par rapport aux événements tragiques qui ont marqué la journée du 13 novembre d'une pierre blanche. Ou plutôt rouge, compte tenu de tout le sang qui a été versé ce jour-là...

    Je n'ai jamais trop su si mon manque d'empathie était réel, ou s'il venait du fait que j'intellectualise toujours trop. Je ne suis pas du genre à me laisser dominer par l'émotion. Je réfléchis, je mets en mots, je réfléchis. Je ressens, certes, de l'horreur, de l'effroi, de la sidération devant tout ce qui s'est déroulé ce 13 novembre, mais à côté de ça, très égoïstement sans doute, je me sens "à l'abri" parce que je peine à m'identifier aux victimes.

    Je me sens comme une extraterrestre brutalement arrivée sur Terre, qui serait témoin d'un horrible massacre dont les humains seraient les victimes... Je sais, c'est sûrement bizarrement formulé, c'est probablement très moche aussi, mais...c'est ainsi, je ne peux pas prétendre le contraire.

    Que ce soit clair, ce qui est arrivé me parait horrible, épouvantable, effroyable. J'ai passé la journée d'hier sur les réseaux sociaux, à réagir aux différents posts, à remercier les gens qui me demandaient de mes nouvelles (notamment une correspondante américaine, la première qui m'a laissé un message pour me demander si j'allais bien, et la première à m'avoir appris l'étendu du désastre, car je n'en savais rien avant d'aller sur FB ! Je ne regarde jamais la télé en direct, et je n'écoute jamais la radio...), à chercher des informations sur l'enquête, à relayer des posts pour aider à localiser des disparus. J'ai aussi mis une bougie sur ma fenêtre, j'observerai la minute de silence lundi midi, je n'aurai probablement pas très envie de rigoler dans les jours qui viennent... Mais...

    ...toujours, il y a ce problème d'identification.

    Moi, je ne sais pas ce que c'est que d'avoir le coeur à faire la fête. J'ignore ce qu'est ce besoin de se rassembler autour d'un concert. Cette envie d'aller retrouver des amis au restaurant du coin, pour partager un repas et des rires. Du coup j'ai le sentiment qu'il me manque...quelque chose. Je ne sors jamais de chez moi après 18h00. Je ne suis jamais allée dans un bar, à un concert, à un festival, que sais-je. Je ne vais au restaurant que deux fois l'an, et encore, quand je n'ai pas trop le choix. J'ai poussé le vice jusqu'à acheter un appartement totalement planqué, retiré de la rue, que personne ne parvient à localiser, pas même le facteur. Moi, je suis le genre de personne à tirer les rideaux dès que la promenade du chien est terminée, pour ne les rouvrir qu'à 8h00 le lendemain matin. Moi, je suis le genre à éteindre les lumières si quelqu'un vient frapper à la porte, pour ne pas avoir à aller ouvrir. Moi, je fais la quasi totalité de mes achats sur Internet. Je choisis de sortir aux moments creux, quand les magasins et les rues sont vides, je bénis d'ailleurs l'épicerie de quartier qui ouvre très tôt et me permet de fuir le gros de la foule. Moi, je ne vais jamais dans les centres commerciaux, je n'aime pas ça, et ça réveille l'agoraphobe qui sommeille en moi... Moi, je n'ai pas d'amis pour qui m'inquiéter. Mes relations se comptent sur les doigts d'une main... Moi, je vis dans ma bulle, en tête à tête avec moi-même.

    Evidemment je sais que le risque zéro n'existe pas. En 2001 j'ai failli me retrouver sur le trajet d'un taré qui avait décidé de dégommer tout le monde à Tours. Si je n'avais pas eu l'envie bizarre de sécher les cours (chose que je ne faisais jamais), je me serais trouvée pile sur son chemin, et Dieu sait ce qui aurait pu se passer. Malgré tout... Ma différence est là, et je ne parviens pas totalement à cerner ce que ces gens ont ressenti ce soir-là. Ni ce que les rescapés ressentent et ressentiront toute leur vie.

    Et du coup, je me questionne... Je me questionne sur cet égoïsme qui me parait tellement naturel chez moi, et sur tout ce qu'il entraîne comme conséquences. Je me sens moins atteinte que la majorité (probablement parce que beaucoup de personnes se disent "mince, j'aurais pu y être" alors que pour moi la problématique n'est pas là, je SAIS que je n'aurais jamais pu me trouver à un concert, à une terrasse de restaurant...surtout pas à une heure qui pour moi est une heure "tardive", surtout pas dans des lieux aussi fréquentés...)... L'absence d'identification, toujours... 

    Très cyniquement aussi, je me dis que ce qui est fait est fait. On ne pourra pas revenir en arrière. Ni ressusciter les morts. Désolée pour le côté morbide et défaitiste de l'affaire. J'ai toujours fonctionné ainsi, même pour le décès de proches...

    Malgré tout, je me questionne toujours. Car j'ai conscience du côté malsain de cette attitude. Et quelque part je me dis qu'il serait temps que je m'ouvre sur le monde, que je sorte de ma bulle, que j'essaie de m'identifier aux autres, que j'arrête de me comporter en extraterrestre perdue sur une planète inconnue. 

    Je me dis que si j'avais un peu plus d'ouverture sur le monde extérieur, si je vivais moins en cercle fermé, je me sentirais peut-être plus concernée... Je ne sais pas...

    Je me questionne...


    3 commentaires
  • Au risque de me répéter, le principal inconvénient de mon Asperger, c'est mon épuisement quasi quotidien. Les interactions sociales ne m'étant pas naturelles, je suis très souvent éreintée après ce qu'une personne lambda considérerait comme une journée normale. Et puis j'ai des limites, qui découlent plus ou moins de mon "état". Je ne conduis pas. Je n'aime pas les lieux "trop"... Trop bruyants, trop peuplés, trop lumineux, la liste est longue. Du coup certains actes ordinaires prennent un peu des allures de torture. Oh, j'ai de la chance, je vis en plein centre-ville, dans une rue piétonne, près de quasiment tout : supérette bien fournie, coiffeurs, librairies, médecins (même si j'ai gardé le mien, près de chez mes parents), pharmaciens... Mais certains jours (bon, soyons honnêtes : quasiment TOUS les jours) je suis tellement pressée de retrouver le calme de ma grotte que je n'ai aucune envie (ou aucun courage) de profiter de toutes ces commodités...

    Heureusement, il y a cette arme magique, cette chose invisible qui nous entoure en permanence et reste toujours à portée de main. Internet.

    Heureusement ou malheureusement ? En fait, je ne sais pas trop. J'ai beaucoup cogité sur le sujet, et je crois qu'il y a du bon et du moins bon dans tout ça. Attention, je ne parle pas d'Internet "en général" mais plutôt des services qu'Internet peut rendre (ou pas) aux gens qui ont des difficultés sociales. Que ce soit de l'agoraphobie, de la phobie sociale, de la timidité toute simple ou un syndrome d'Asperger, le questionnement reste le même : Internet est-il une aide ou un frein au développement social ?

    Dans les points positifs, on peut évidemment affirmer qu'Internet favorise le contact entre les gens. Les forums, Facebook, Twitter...tous ces outils permettent à de parfaits inconnus de se "rencontrer", d'échanger, parfois sur des années. Parfois même, cela amène de vraies rencontres. Cependant, j'émettrai une petite réserve basée sur mes observations personnelles...

    Quand j'essaie de parler de mon cas sur un forum (j'ai renoncé, ça finit en déconfiture à chaque fois !) j'ai souvent le droit à l'argument suprême : "Mais si, tu as une vie sociale, regarde, tu viens discuter ici !" Et là, ça me gêne un peu. Certes, Internet peut être un lieu de dialogue et d'échange, mais peut-on dire que ça fait vraiment partie d'une vie sociale ? J'aime écrire, ce n'est un secret pour personne. J'aime écrire sur ce que je connais. Moi, en l'occurrence. mes expériences, mon vécu, mes réflexions. Donc je n'ai aucun mal à m'exprimer sur un forum. Mais est-ce un geste vraiment social ? pas sûre. Je "parle" sur les forums de la même façon qu'il m'arrive de monologuer à voix haute chez moi : pour le plaisir d'aligner les mots, de formuler des pensées, d'exposer des arguments. Pour autant, ça reste surfait. Internet, on l'arrête quand on veut. On en a marre de discuter ? On ferme l'ordi. On est gêné par les propos d'un membre sur un forum ? On se désinscrit. On a écrit quelque chose d'un peu trop personnel et on le regrette ? On efface le topic. C'est simple, facile, rapide. Essayez donc de faire pareil dans la vraie vie ! Et puis c'est anonyme, aussi ! IRL, quand vous parlez à quelqu'un, vous perdez une partie de votre anonymat, le quelqu'un pouvant vous reconnaître dans la rue le jour suivant ! Sur Internet, aucun danger, vous changez de pseudo et hop, c'est terminé ! Franchement, pour moi, il est dangereux de considérer que le Net est un espace social comme un autre. C'est un espace d'expression, de partage, de dialogue. Mais il faut garder à l'esprit que ça a un côté superficiel qui ne peut en aucun cas remplacer les interactions réelles ! Et vu le nombre de fois où j'ai croisé la phrase que j'ai écrite ci-dessus, j'ai l'impression que beaucoup de gens ont perdu de vue ce petit détail !

    Reste qu'Internet est un outil fantastique pour rencontrer des gens qui partagent le même vécu, ou qui ont les mêmes questionnements. J'ai beaucoup appris sur Asperger grâce aux groupes Facebook que je fréquente. Mais comme tout outil, il faut apprendre à s'en servir, et toujours l'utiliser avec précaution. Car sur Internet, on croise tout et son contraire.  Il faut savoir se tenir éloigné des sources douteuses. Apprendre à repérer les "trolls" et les intervenants qui n'ont aucune envie de dialoguer, qui ne sont là que pour asséner ce qu'ils pensent être la vérité, sans se soucier de l'avis d'autrui. Aller sur Internet sans un minimum de préparation mentale, c'est un peu comme craquer une allumette en étant recouvert d'essence (oui, bon, on a les comparaisons qu'on peut !)... Si on est un peu fragile à ce moment-là, on peut vite se laisser submerger et ne plus savoir faire la part des choses. Auquel cas le positif se transforme en négatif, et les ennuis commencent ! Pour ma part, je n'ai jamais eu ce souci, en partie parce que j'ai toujours été très détachée par rapport aux opinions d'autrui, mais aussi parce que j'ai surfé très tôt sur le Web (quasiment dès le début du Web en France, vers les années 94-95) et que j'ai vite repéré ces petits travers... Ceci dit, pour faire ma "mémère", il me semble qu'à l'époque les gens avaient une toute autre mentalité, plus saine et moins superficielle justement...

    Autre point positif : Internet, ça facilite tout, et c'est de plus en plus vrai ! Ceci dit, c'est là que mon point positif va vraiment tourner au négatif. Je suis la première à profiter de ce côté ultra pratique du Web. J'achète énormément en ligne. Je suis cliente chez Amazon depuis des années, je crois bien que je passe facilement trente commandes par mois sur le site et sur ses filiales anglaises et américaines. J'achète des livres, des DVDs, des jeux. Des vêtements sur des sites spécialisés. Des croquettes sur des animaleries en ligne. Des granules homéopathiques sur des pharmacies "on line". Tout mon équipement multimédia vient soit de Cdiscount, soit de Darty, soit de Boulanger. Breeeeef, je suis une cyber-consommatrice avérée.

    Internet, c'est facile. C'est pratique. Si on s'y connait un peu, on arrive toujours à choper un code de réduction avant d'appuyer sur le bouton "commander". C'est la livraison rapide, à domicile. Pour une sans-permis comme moi, forcément, c'est fantastique. Bon, ça c'est le discours officiel, un peu hypocrite.

    Car au final, Internet, c'est surtout un bon outil d'évitement.

    Tous les psys vous le diront : pour ne pas laisser une pathologie prendre le dessus, il faut absolument lutter contre l'évitement, cette façon discrète et non assumée de contourner le truc qui vous met en fuite.

    Hum hum.

    Je n'aime pas les situations sociales. Certains jours, même dire bonjour à quelqu'un tient de la torture mentale. Je suis du genre à programmer en avance la phrase que je vais dire en entrant dans la boulangerie pour acheter un pauvre pain au chocolat...  Donc Internet, pour moi, c'est la panacée. Pas besoin de saluer. Pas besoin d'être polie, gentille, souriante. Pas besoin de poireauter dans une file d'attente. Vous voyez où je veux en venir ?

    Internet, c'est l'évitement suprême.

    J'habite à 800 mètres de deux librairies, et j'achète la plupart de mes livres en ligne. Et pourtant, j'aime bien ça, aller à la librairie, flâner dans les rayons... Mon excuse principale ? "Je fais plein de sondages rémunérés, j'ai des chèques-cadeaux à dépenser régulièrement sur Amazon." Mouais mouais. Sauf que soyons honnêtes, je n'attends pas d'avoir des chèques-cadeaux pour acheter des livres. Ça se saurait ! Au final, la vraie raison, c'est que le soir, après le boulot, je n'ai plus le courage de sortir, sauf pour que mon chien se dégourdisse les papattes. Je suis vidée, crevée, lessivée, kaputt, appelez ça comme vous voulez. On me dira : alors où est le mal de se faire livrer ? Outre le fait que ça ne fait pas vivre des commerces de proximité et que c'est plutôt moche d'engraisser un géant mondial au détriment d'une librairie de quartier, je dirais aussi que ça contribue à la création des fameux cercles vicieux dont je parle souvent sur ce blog. Moins je sors, moins j'ai le courage de sortir. Ou moins j'ai ENVIE de sortir. Parce que bon, si on veut regarder la vérité en face, ce n'est quand même pas 800 petits mètres à pied de plus ou de moins qui vont me tuer, partant du constat que je fais entre 8 et 10 kilomètres de marche par jour, hein...

    Fut un temps où j'ai été tentée par le grand vilain diable de la livraison de courses à domicile. J'ai de la chance, j'habite une zone non desservie par les supermarchés. Ils proposent tous le drive, mais pas la livraison à domicile. De la chance, oui oui. Parce que je me connais, si ça venait à être proposé, je céderais là aussi à la facilité, sous le prétexte fallacieux que je ne conduis pas. En oubliant toutefois de préciser qu'il y a un magasin de quartier très bien achalandé à même pas cinq minutes à pied de chez moi ! Pour le moment, je rentre régulièrement chez mes parents le weekend, et je profite de l'ouverture d'un magasin le dimanche matin pour y faire le plein. Mais pendant un moment, j'avais lorgné sur les services d'un célèbre livreur à domicile ; seul mon côté radin m'avait convaincue de ne pas y faire appel...

    J'ai beau en être consciente, n'empêche que c'est difficile de résister à la facilité ! (et peut-être un peu à la fainéantise...)

    Tout cela mis bout à bout me pousse à dire qu'Internet n'apporte pas que du positif. Cela incite les gens déjà peu sociables à rester encore davantage chez eux, et ça les conforte dans leurs comportements solitaires.

    Personnellement, je me rends compte que j'ai énormément de lacunes sur le plan social, et que mon gros côté "geek accro au Web" n'a clairement rien arrangé...

    Paradoxalement, Internet m'a aidée à lier connaissance avec des gens que je n'aurais jamais pu rencontrer autrement. J'ai reçu chez moi une correspondante Américaine, je suis toujours en contact avec ma première correspondante que j'ai connue dans mes dernières années de lycée, je participe de temps en temps à des rencontres avec des personnes rencontrées via un forum de lecture, j'échange sur des groupes pour Aspergers...

    Actuellement, je m'interroge toujours sur la nécessité de développer ma vie amoureuse (ou de la créer, plutôt !) et je sais que si je me décide à le faire, Internet sera un outil indispensable parce que je suis foncièrement INCAPABLE de rencontrer des gens "normalement", en sortant, en allant dans des endroits propices aux rencontres, et parce que j'ai besoin qu'il y ait une certaine distance entre moi et "l'autre" pour me sentir à l'aise et pour échanger sereinement...

     

    Mon avis sur la question n'est donc pas entièrement tranché... D'un certain côté, je trouve inquiétante cette tendance qu'ont les gens de considérer Internet comme un lieu social "lambda". Et je suis consciente que la facilité qui consiste à agiter une souris à la façon d'une baguette magique pour obtenir toute une variété de services en ligne a un côté clairement dangereux, car on finit par tomber dans le piège de l'évitement systématique... De l'autre, je sais qu'Internet est un très bon outil de communication, pour peu qu'il soit utilisé intelligemment et avec parcimonie...

    Tout est une question de dosage, en somme...


    2 commentaires
  • J'ai toujours eu un rapport compliqué avec le temps. Le temps qui passe, j'entends. C'est vraiment quelque chose qui m'angoisse depuis l'enfance. Petite, j'avais pour habitude de réciter une petite formule magique de ma composition, qui était supposée me faire recommencer la même journée le lendemain. Bon, j'avoue, je la récitais surtout pendant les vacances ou pour le weekend ! (et pourtant je ne connaissais pas encore le trop fameux "Groundhog Day" Ou "Jour de la Marmotte" !)

    Mon propre vieillissement ne m'inquiète pas outre mesure. Peut-être parce que dans ma tête je n'ai pas l'impression d'avoir vieilli. J'ai toujours les mêmes hobbies, les mêmes pensées, les mêmes attitudes que lorsque j'étais enfant. J'étais une petite fille "vieille dans sa tête", pas insouciante pour deux sous, très (trop visiblement) sérieuse et posée, et j'ai grandi en conservant exactement les mêmes schémas mentaux.

    Je me contrefiche des rides (que je n'ai pas), des cheveux blancs (que j'ai, et pas qu'un peu), de la fameuse horloge biologique cannibale dont j'ai déjà parlé, de tout ce qui semble inquiéter les femmes lambdas. Moi, ce qui m'inquiète quand je pense à l'avenir (à mon avenir) c'est surtout la perte éventuelle de mon confort. Pas spécialement niveau autonomie, dépendance, etc. Mais vraiment niveau confort de vie. J'y suis très, très attachée. Trop, probablement. Je ne supporte pas la frustration. Quand je veux quelque chose, je dois pouvoir l'obtenir, sinon c'est le pic d'angoisse et tout ce qui s'en suit. Alors du coup, j'ai peur qu'en vieillissant, je perde ce pouvoir absolu : celui de satisfaire toutes mes envies !

    Je m'inquiète aussi un peu pour mes capacités sociales, qui diminuent année après année, et dont je crains un jour la disparition pure et simple.

    Parlons déjà du travail. Pour dire la vérité, la psychologue comportementaliste qui m'a orientée vers Asperger avait lourdement insisté pour que je passe par le CRA (Centre Ressources Autisme) pour un vrai diagnostic. Pourquoi ? Parce que pour elle il parait '"hautement improbable" que j'arrive à mener une vie professionnelle "ordinaire" jusqu'à la fin (des haricots)... Elle pensait notamment que le passage à temps plein après 11 ans de temps partiel risquait de me poser problème. Elle disait qu'une validation du CRA me serait bénéfique dans le sens où ça me donnerait accès à un statut d'adulte handicapé et donc à des aménagements niveau travail... Je n'étais pas d'accord avec ça et je ne le suis toujours pas. Je suis consciente que je m'épuise plus que les autres au travail, mais je ne me considère pas comme "handicapée" ! J'ai survécu à l'école, au collège, au lycée, j'ai 12 ans d'ancienneté professionnelle, et je ne me vois pas me retrancher derrière mon Asperger pour avoir le droit à un statut spécial ! Lequel statut me ferait perdre, devinez quoi ? Une partie de mon confort de vie ! Parce que bon, là, j'ai une paie plus qu'honnête, je peux me permettre pas mal de folies (d'autant que ma vie d'ermite me fait économiser énormément d'argent : pas de sorties, pas de frais d'essence ou de réparation, pas de frais de transport tout court, pas de ciné, pas de concerts, deux trois restos par an maximum...)... Si je veux changer de télé, je peux me l'acheter sans crédit. Si je veux acheter vingt livres dans un mois, je peux. Bref, après onze ans de galère, franchement, je ne me vois pas perdre ce privilège ! (précision utile : le fait de passer du statut "agent contractuel" à celui de "adjoint administratif" m'a permis de doubler mon salaire... Quand même !)

    Que l'on soit clair : travailler a TOUJOURS été une corvée. Je l'ai toujours dit, sans me cacher. La seule motivation, c'est le salaire, mais j'imagine que je ne suis pas un cas isolé ! Je n'ai jamais eu de "métier de rêve". Gamine, je disais que je voulais être prof. Juste pour me mettre les profs dans la poche. Oh que c'est moche ! (mais ça marchait bien, hihi !) On m'a souvent dit que je m'ennuierais si je ne travaillais pas. Sérieusement ??? Je ne me suis JAMAIS ennuyée chez moi. Mais par contre, qu'est-ce que je peux parfois m'ennuyer au bureau ! Entre les conversations soporifiques, les collègues imbuvables, les tâches répétitives, les journées trop calmes... *soupir*

    Quant à la dimension sociale du travail... Euh... Au secours ? Je n'ai pas de besoins sociaux, et je vis ça comme un supplice quotidien. Même un pauvre "bonjour" prend des allures de torture quand je ne suis pas d'humeur à parler. Les collègues sont et resteront des collègues. Je n'ai jamais cherché à avoir de liens amicaux avec eux. Cela m'a parfois porté préjudice, mais je tiens fermement à garder cette barrière entre ma vie privée et ma vie professionnelle ! Les seules relations que je soigne sont celles avec ma hiérarchie. Pour être franche, je me force moins à parler avec mes chefs que je me force à discuter avec les autres collègues. Mais bon, pour dire les choses comme elles sont, au boulot c'est un peu la Cour des Miracles, les seules personnes "normales" sont mes chefs, justement ! A l'exception d'un ou deux collègues... Ceci est un autre sujet !

    Mon avenir professionnel, je n'y pense pas. Je ne veux pas entendre parler d'évolution de carrière, de concours internes, de tableaux d'avancement. C'est là mon plus gros paradoxe. Comment peut-on apprécier de vivre dans le confort matériel et se contenter de sa situation présente ? Eh bien... Disons juste que je n'ai AUCUNE ambition, et que ma vie actuelle me convient. Que ferais-je de plus d'argent ? J'ai un toit au dessus de la tête, ce toit m'appartient, ce qui est dessous me convient... Et puis un changement de situation professionnel signifierait un changement de...TOUT. Car dans la fonction publique, qui dit nouveau grade dit mutation, et qui dit mutation dit adieu veaux, vaches, cochons ! Quand on est aussi routinière que moi, qu'on a autant de restrictions (le côté "pas de permis" notamment !)...on ne peut pas envisager sereinement de tout plaquer pour tout recommencer ailleurs. Et zut pour l'évolution de carrière ! Cela ne veut pas dire que je compte vivoter toute ma vie au même endroit, mais il existe trois structures dans ma ville, qui me permettraient de demander ma mutation sans pour autant tout chambarder... Je le ferai. Ou pas. Tant qu'on me laissera sur mon poste à responsabilités, qui me permet d'avoir cette jolie paie bien agréable, je n'ai vraiment aucune raison d'envisager cette option. Le jour où on touchera à mon poste, par contre, je n'aurai plus rien à perdre et je partirai voir ailleurs si l'herbe est plus verte !

    Parlons aussi de la sphère privée, la plus importante à mes yeux. "Mais quelle vie privée", me demande-t-on ? Ce n'est pas faux. Peut-on parler de vie privée quand on est aussi isolé que moi ? Pour beaucoup, vie privée = vie de famille. Quoi qu'il en soit, mon avenir personnel est un gros point d'interrogation ! Je n'ai là encore aucun désir, aucun projet, aucune motivation. Attention, hein, dit comme ça, ça fait très "dépressive" alors que je suis tout le contraire !

    En ce moment, je me questionne sur la nécessité (ou pas) de tenter quelque chose sur le plan amoureux. Juste pour voir. Mais je sais qu'il y a de grandes chances pour que je finisse seule, à plus forte raison parce que je ne veux pas d'enfants. Ce côté "vieillesse solitaire" ne m'affole pas trop, sauf quand je le ramène à ces fameuses capacités sociales déclinantes. Pour résumer les choses clairement : en dehors du travail, mon seul lien social, c'est ma famille, mes parents en l’occurrence. Et basta. Et évidemment, ils ne sont pas éternels. Viendra un jour où ce lien social aura disparu, et alors qu'adviendra-t-il ?? En supposant que, bizarrement, je me mette à souffrir de la solitude, serais-je vraiment capable d'aller au-devant des autres ? La réponse, je la connais. Elle est négative. Comment puis-je en être sûre ? Parce que je suis consciente, totalement consciente, que mes capacités sociales déclinent, année après année. C'est encore plus visible depuis que je vis seule. Je suis devenue encore plus solitaire, encore moins bavarde, encore plus ermite !

    Je sais que je me suis "formatée" pour la solitude. Je sais aussi que je suis désormais incapable de me "reprogrammer", pour filer la métaphore jusqu'au bout.  J'ai perdu le peu d'habilités que j'avais lorsque j'étais plus jeune (et je peux vous assurer que ce n'était déjà pas grand-chose)...

    Mais là encore, c'est un autre cercle vicieux. Quand on cesse de cultiver quelque chose, le quelque chose finit par mourir de sa belle mort. MAIS pour cultiver ma vie sociale, encore faudrait-il que je sois capable d'en avoir une. Que j'en maîtrise les codes. Que j'aie des centres d'intérêts qui me poussent à sortir de ma grotte... Et là, ça se complique ! Et puis revenons-en au vieillissement, à la perte de confort qui m'angoisse tant ! Si je vis seule, cloîtrée, il y a de forte chances pour que la vieillesse soit pour moi une période difficile ! Je n'ai ni frères, ni sœurs, et je n'ai jamais eu l'ombre d'un contact avec le reste de ma famille. Encore une fois, je ne veux pas de progéniture... Qui se préoccupera de moi ? Qui me rendra service ? Qui se chargera de m'aider au quotidien ? Hum hum. Je sais, ces préoccupations peuvent attendre, mais j'y pense depuis...si pas l'enfance, au moins l'adolescence ! Je suis incapable de vivre dans le présent...

    En attendant, les semaines, les mois, les années passent... Tic tac, tic tac... Les mêmes réflexions reviennent par cycle, mais elles ne me conduisent finalement nulle part !

    Et le chronomètre continue sa course...


    4 commentaires
  • J'ai eu envie d'écrire cet article suite à un échange que j'ai eu hier sur un forum (le dit forum n'étant absolument pas lié à Asperger)... J'y parlais de mon questionnement sur ma vie (ou plutôt ma non-vie) amoureuse... Je m'interroge sur le sujet depuis l'an dernier, davantage par curiosité que pour autre chose. Bon, j'avoue, je suis également consciente que je deviens de plus en plus solitaire, et qu'une petite remise en question pourrait être positive. D'un autre côté, mes motivations me semblent un peu bancales, pas très franches, et ma nature solitaire (qui a dit "asociale" ??) me parait quelque peu incompatible avec tout ça. Parce que bon, pour rencontrer quelqu'un, et pour entretenir une relation avec une personne, il faut quand même avoir un minimum de vie sociale !!

    Je ne parle absolument pas de l'aspect rencontre. Avec Internet, il y a largement moyen de tricher là-dessus. Il existe des tas de sites de rencontres, et si je ne suis pas du tout fan des sites généralistes qui ont pignon sur rue, j'ai pu tester deux ou trois sites confidentiels (pour geeks ou asexuels...) qui m'ont paru tout à fait fiables, et surtout totalement "vrais" (pas de faux profils et un accès gratuit)... J'ai un profil tellement particulier (et des attentes tellement particulières aussi, avouons !) que je ne compte pas du tout sur la rencontre "fortuite". Et d'ailleurs on en revient toujours au même : pour rencontrer quelqu'un, encore faut-il sortir ! Certes, j'ai été draguée une ou deux fois au boulot, mais franchement, pour l'avoir observée de l'extérieur, la relation amoureuse au travail, c'est un peu épineux, surtout quand ça se termine mal ! Et puis je bosse dans une ambiance assez stressante, et je n'ai AUCUNE envie de fréquenter quelqu'un qui vivrait le même stress : j'aurais du mal à décompresser. J'estime que j'ai deux vies : une vie personnelle et une vie professionnelle. Je n'ai aucune envie de mélanger les deux. C'est d'ailleurs aussi en partie pour ça que je n'ai jamais noué aucun lien avec mes collègues, et que je n'en ai jamais invité un seul chez moi !

    J'ai déjà eu des contacts sur les sites dont je parlais. Des contacts qui se sont inscrits sur la durée, avec des échanges quasi quotidiens. Le dernier a duré neuf mois, on avait même échangé les numéros de portable (même si je n'ai jamais tenu à ce qu'on se téléphone, j'ai du mal avec le téléphone, et au final on a échangé cinq ou six SMS !)... Mais je bloquais sur l'aspect rencontre réelle, parce que l'homme avec qui j'échangeais était trop enthousiaste. Oui, je sais, c'est bizarre, j'imagine qu'il y a un bon nombre de donzelles qui sautilleraient d'allégresse... Moi non. Parce que ma motivation à moi était à peu près aussi plate que l'électrocardiogramme d'une huître cuite. L'heureux élu (hum) habitait quand même à 500 km de chez moi. Ce qui fait une trotte. Il m'avait proposé de se déplacer, il comprenait que je sois réticente à l'idée de prendre les transports en commun, et comme j'étais un peu de mauvais foi, j'avais aussi utilisé l'argument suprême du "j'ai un chien, je ne peux pas le laisser tout seul"... Il était visiblement plein de bonne volonté, et m'avait dit que ça ne le dérangeait pas, qu'il aimait conduire, et comme il avait une partie de sa famille à proximité donc il profiterait de l'occasion pour venir les voir. Le hic ? Il a eu le malheur d'insister lourdement sur sa motivation. "Je suis quand même sacrément motivé pour faire 500 km pour venir boire un café !" m'a-t-il écrit. Et là...j'ai tiqué. Ou alors j'ai eu un bug. J'avais pourtant été très modérée dans mes propos, très honnête sur ma situation et mes motivations ultra floues, et je pensais clairement qu'il était un peu sur le même plan. Surtout qu'il se disait lui aussi solitaire, moins que moi, mais quand même. Donc j'ai reporté la rencontre, en lui disant clairement que je le sentais trop enthousiaste et que je ne voulais pas lui faire faire autant de route pour rien ! Il y a eu un petit silence radio, puis il m'a répondu qu'il comprenait et qu'il patienterait, qu'il n'était de toute façon "pas pressé". Je lui ai proposé malgré tout d'arrêter l'échange, parce que j'avais parfaitement conscience du fait que je le faisais quand même un peu trop mariner, et il a refusé, répétant qu'il n'était pas pressé. Pendant quelques semaines les choses sont restées très calmes, je n'avais pas trop de nouvelles. J'en ai pris une fois, puis j'ai décidé de laisser courir, et au final...il m'a juste virée de ses contacts FaceBook. Pouf, comme ça ! Bon, je n'en ai pas été attristée, parce qu'encore une fois je n'avais aucune attente, mais j'ai été scotchée par le peu de franchise de la méthode. Je veux dire par là qu'ayant mon numéro de portable et mon mail, il aurait pu se contenter d'un petit mot pour m'informer de sa décision ! J'ai trouvé ça très malpoli et ça m'a confortée dans le fait que j'avais eu raison de tiquer. (oui, j'admets, c'est facile comme réaction !)

    Le contact précédent avait duré moins longtemps, parce que j'avais mis un terme au dialogue (en prévenant par mail, moi !) au bout de trois ou quatre mois d'échange. L'homme concerné vivait dans ma région et se disait "casanier", sauf qu'il ne tenait pas en place. Il passait son temps chez ses amis, avec ses collègues, faisait des compétitions sportives tous les weekends, bref, il était autant casanier que moi je suis la Reine d'Angleterre !

    Bref. Quand on analyse ces deux expériences, on se rend compte que ce qui coince toujours, chez moi, c'est bien cette dimension sociale inhérente à une rencontre ! Je cible toujours des solitaires, puis je réalise que leur vision de la solitude est très éloignée de mon vécu. Vous me direz, un vrai solitaire peut-il avoir envie d'une vie de couple ? C'est bien là la question que je me pose. Personnellement j'ai longtemps dit que ça ne m'intéressait pas d'avoir une vie amoureuse. Maintenant, je suis plus pondérée, surtout depuis que j'ai nommé ma différence. Peut-on dire qu'on n'est pas intéressé par quelque chose qu'on ne connait pas ? C'est un peu comme dire "je n'aime pas les épinards" alors qu'on n'a jamais essayé. (Comment ça, elle est vaseuse, ma comparaison ?) Certes, je ne suis pas DU TOUT romantique. Je ne ressens pas ce besoin d'aimer et d'être aimée. Mais je me dis qu'il y a le côté "partage" qui peut être sympathique, à condition de trouver quelqu'un qui soit sur la même longueur d'onde, qui aime par exemple la lecture, les jeux vidéos, les randonnées, les animaux, etc. Quelqu'un qui ne veuille pas fonder une famille, qui accepte l'idée que j'ai besoin de grosses plages de solitude, qui puisse admettre qu'à certains moments j'ai un besoin total de calme et de silence. Oui bon, je sais, ça ressemble un peu à un remake de "Mission Impossible", surtout quand on ajoute mes critères (Je n'aime pas les chauves, je ne veux pas d'une trop grande différence d'âge, je n'aime pas les hommes trop grands qui me font sentir toute petite, je suis allergique à ceux qui font trop de fautes, je n'aime pas du tout les ultra sportifs maniaques du muscle, etc.) !!!

    Reste que je coince toujours sur l'aspect social. Notamment sur le fait qu'une relation, ça s'entretient. Et que moi, je me lasse vite. Je n'aime pas sortir, je l'ai déjà dit. Mais au début d'une relation (et même ensuite) on se doit de partager des moments ensemble, des activités, des sorties, des weekends...rien que pour voir si on se "supporte", j'imagine. Remarquez que je parle de la chose comme je vous parlerais de la vie sur Mars, je ne sais fichtrement pas comment ça fonctionne, mais bon, pour l'avoir observé chez les autres, j'en ai déduit que c'était comme ça que ça fonctionnait...

    J'ai une zone de confort (chez moi !). Je déteste les transports en commun. Je ne conduis pas. Or, j'ai très peu de chance de rencontrer quelqu'un qui habite la même ville que moi. Et j'avoue que comme je suis compliquée, le fait de trouver quelqu'un dans ma zone géographique me freinerait car je me sentirais "menacée" dans ma solitude. Le côté relation à distance me tenterait, sauf quand ce serait à moi de vaincre la fameuse distance pour aller retrouver l'autre. Sauf qu'on ne peut décemment pas attendre de l'autre que ce soit toujours lui qui fasse le déplacement.

    Hier, sur le forum dont je parlais en début de post, on m'a conseillée de commencer par me "forcer" à me socialiser. On m'a dit qu'avec un peu de chance, je découvrirai que j'aime ça. Je suis perplexe devant ce genre de conseils, qu'on m'a souvent répété. Je me connais. Je me connais même très bien. Je SAIS ce que j'aime et ce que je n'aime pas. Il n'y a AUCUNE chance que j'apprécie une activité sociale. Tous mes hobbies sont solitaires, pensez-vous que ce soit un hasard ? Soit-disant que c'est plus chouette de les partager. De temps en temps, pourquoi pas. Mais régulièrement ? Non. On m'a aiguillée vers le fameux site OVS (On Va Sortir). J'y suis inscrite depuis cinq ou six ans. Je n'ai jamais participé à une seule sortie. Parce que rien ne me tente. Aller boire un verre avec des inconnus le soir après le boulot ? Non merci. Faire une randonnée en groupe ? Pas mon délire, j'aime marcher à mon rythme, et avec mon toutou (qui est aussi peu sociable que moi et qui grognerait sur tout le monde !)... On me dit que j'y mets de la mauvaise volonté, que je ne peux pas être aussi hermétique aux autres que je le prétends. C'est facile à dire, mais je suis quand même bien placée pour savoir comment je fonctionne !

    Au-delà de la problématique amoureuse, donc, il y a le "handicap" de base, mon absence totale de vie sociale. Je ne suis JAMAIS sortie de chez moi le soir, pas même quand j'étais ado. J'ai toujours dormi chez moi, au pire sur mon lieu de vacances, mais vu que c'est moi (ou ma famille) qui loue le lieu en question, dans mon petit esprit tortueux ça reste "chez moi"... Récemment ma mère m'a dit qu'au lieu de prétendre que je n'aime pas ça, je devrais essayer de partir ne serait-ce qu'un weekend. Ce à quoi j'ai répondu : "mais pour quoi faire ?" A quoi bon gaspiller des sous et de l'énergie si je n'ai pas ENVIE de bouger de chez moi ? Évidemment, c'est sûrement un autre cercle vicieux : pour avoir envie, il faudrait peut-être que je sois stimulée, et peut-être bien que cette "stimulation" viendrait si j'étais (bien) accompagnée. Je ne dis pas que je n'ai jamais envie de voir une expo, ou de visiter un endroit. Mais toute seule, ça coince. Pas par timidité ou par peur. Juste parce qu'une femme seule qui se pose au restaurant ou à la terrasse d'un café se fera forcément aborder à un moment ou à un autre, et que bizarrement les dragueurs ne correspondent jamais au "portrait-robot" que j'ai dressé de mon éventuel prétendant ! Et puis je sais comment je réagis à une situation sociale imprévue : je me coince, je deviens désagréable et cassante, ou alors j'adopte le regard "qui fusille" et qui suffit généralement à mettre en fuite ! (J'ai testé avec un voisin ! bon, aucun regret, il a dû me prendre pour une couguar, il a facilement 15 ans de moins que moi !) Moi, j'ai besoin de préparation, je ne peux pas discuter avec quelqu'un dont je ne sais rien, et l'échange social me vampirise tellement que j'ai besoin de m'y préparer, notamment en dormant et en me mettant en condition mentale. Avouez que ça enlève toute spontanéité à la chose !

    En résumé, comme dirait mon ami FaceBook, "it's complicated" ! Je ne crois pas du tout au coup de foudre, et je n'éprouve aucune attraction pour les hommes qui croisent ma route. Je ne rêve pas du grand brun aux yeux verts. Je ne bave devant aucun acteur célèbre, je n'ai jamais été une fan énamourée d'un chanteur "ultra sexy" ou que sais-je. Je précise ici que je ne suis pas davantage attirée par la gente féminine. On m'a déjà posé la question, donc je préfère le dire. Comme m'a dit ma mère (d'un air désespéré, alors même qu'elle est quand même un peu homophobe, même si elle ne le reconnaîtra jamais) : "Si encore tu étais attirée par les femmes... Mais non, même pas, je crois que tu les aimes encore moins que les hommes !" Et c'est vrai, les femmes m'agacent vite, je m'entends nettement mieux avec les hommes qui me semblent moins compliqués et plus francs. Ce qui ne solutionne rien.

    Actuellement, je m'interroge sur la suite. Vais-je me réinscrire sur les sites de rencontre "confidentiels"dont je parlais plus haut ? Vais-je juste "laisser courir" tout en sachant que plus le temps passera et plus j'aurai de mal à aller vers les autres ? Je ne sais pas. En fait, ça m'intrigue plus que ça ne me préoccupe. Je m'observe comme un gamin qui regarderait évoluer une petite fourmi sous un microscope. Je peine moi-même à comprendre ce désintérêt pour le sujet. Je pense que le fait d'avoir tant tarder à mettre un nom sur ma différence y est pour quelque chose, dans le sens où je me suis longtemps dit que j'étais trop "à part" pour intéresser quelqu'un (et dans le sens surtout où je me suis longtemps sentie comme une extraterrestre tombée de sa soucoupe ! Je n'ai jamais pensé qu'il y avait d'autres extraterrestres avec le même ressenti que moi !)... Tout ça, additionné à ma nature solitaire, m'a conditionnée et m'a poussée à me retrancher dans ma bulle. Je me suis programmée pour vivre seule. Et franchement, la grosse question, c'est : ai-je envie de me déprogrammer ?!

    Mystère et boule de gomme !


    2 commentaires
  • Comme je l'ai déjà dit et redit (si je radote, signalez-le !) : chaque Asperger est unique. Il y a différentes façons de vivre son Asperger, selon son passé, son caractère, son éducation, son milieu familial, etc.

    Mais pour chaque Asperger, se pose la question de l'autonomie.

    Même pour moi, si si.

    Quand je suis de mauvaise foi, j'affirme haut et fort que je suis "super autonome" et que je ne suis pas concernée par la problématique.

    Quand je veux être un poil honnête avec moi-même, je reconnais que niveau autonomie, j'ai des lacunes.

    En gros, je suis autonome. Comme une gamine de 16 ans. Le hic ? J'en ai 33. Oups.

    Je vis seule, aucun souci là-dessus. Depuis 2010. Bon, j'ai mis le temps, mais pour le coup c'était lié à une situation professionnelle bancale et à un salaire minable. Allez trouver un logement quand vous gagnez péniblement 839 euros. Surtout que comme je suis perfectionniste et un peu tordue, je voulais acheter, pas louer. Je ne me serais pas sentie chez moi dans une location. Bref, j'ai quitté le nid familial à 29 ans. Je travaillais depuis mes 22 ans et j'avais profité de l'occasion pour mettre de l'argent de côté. J'adore vivre seule. On m'avait prédit des tas de choses atroces. Que je déprimerais. Que je ne supporterais pas. Et ça m'a fait bizarre...une soirée, à tout casser. Après, ça a été la joie et l'allégresse.

    Financièrement, je suis devenue très vite autonome. Comme je l'ai dit, l'argent est un intérêt restreint chez moi. C'est le gros avantage. J'ai sidéré le banquier quand j'ai ouvert mon premier compte en banque à 19 ans, et quand j'ai interrompu son blabla commercial sur une super-carte-bleue-de-la-mort-qui-tue pour lui demander très froidement : "oui, bon, c'est bien gentil, mais ça coûte combien, au juste ?" Le pauvre, je crois bien que c'était la première fois qu'on lui faisait le coup. Je gère mes comptes à la perfection, je n'ai jamais été à découvert de toute ma vie (d'ailleurs j'ai refusé le découvert autorisé sur tous mes comptes...)... aucun souci à ce niveau. A noter que c'est souvent cet aspect-là qui pose problème chez les Aspies. Pas chez moi.

    Administrativement, je suis hyper performante aussi. D'un autre côté, j'ai commencé à bosser comme secrétaire (sans qualifications non plus, j'ai juste une première année de DEUG "AES" et...c'est tout...)... Je manie bien la plume et le style administratif. Je suis du genre à me débarrasser des corvées de paperasse dès que possible. Je remplis ma déclaration d'impôts dès sa réception. Qu'on se le dise, j'ai horreur de ce côté administratif. Mais je le gère sans problème. J'ai géré l'achat de mon appartement sans broncher et en ce moment je réfléchis à la possibilité de le revendre pour acheter une maison. Cela ne me stresse pas du tout, au contraire, c'est plutôt amusant.

    Pour le reste... eh bien, on arrive à ce qui coince !

    D'une, je ne conduis pas. Je n'aime pas davantage les transports en commun. Je les ai pris pendant des années, mais depuis que je vis en ville, je sature, je ne peux plus les encadrer. Du coup je dépends exclusivement de mon père pour me déplacer hors de la ville. A 33 ans. Je sais, c'est moche !! Pour les déplacements urbains, je marche. Beaucoup. Trois heures par jour en moyenne. Ce qui m'évite d'avoir à faire du sport le soir. Hihi.

    Je rentre souvent chez mes parents. Quasiment tous les weekends. Davantage parce que j'aime avoir de l'espace (et que leur maison de 200 m² est plus agréable à ce niveau que mon appart...qui en fait quand même 70...) que pour avoir de la compagnie. Et puis parce que pendant 2 jours je n'ai pas à me soucier de grand-chose. Je sais bien que ça fait ado retardée... Généralement je passe mon temps retranchée dans mes quartiers, je ne sors jamais avec eux (j'ai arrêté de les accompagner vers 8/9 ans) et je vaque à mes occupations sans m'occuper d'eux... Mais je ne suis pas chez moi. A noter quand même que je suis parfaitement capable de vivre toute seule pendant un mois complet, mais dans ce cas-là, oups, j'oublie que j'ai une famille, et si on ne prend pas de mes nouvelles, je n'en prends pas non plus...

    J'ai du mal à gérer le côté repas. J'aime cuisiner, mais pas pour moi toute seule. Mais je m'interdis de recourir aux plats cuisinés (sauf le vendredi parce que j'ai moins de temps pour manger) donc j'essaie de faire des efforts. Mais franchement j'ai du mal. Le soir c'est souvent salade verte + jambon sec + chèvre. Ou soupe. Ou omelette. Vous me direz, au moins c'est peu calorique !

    Acheter des vêtements est une corvée, et c'est ma mère qui remplit (à ras-bord) mes placards, et heureusement parce que j'en achète deux fois l'an, et encore. Ma mère achète beaucoup en friperies et elle connait mes goûts, donc ouf, je suis sauvée. Je déteste les magasins de fringues et je n'ai pas spécialement de style défini. Par contre j'adore acheter des chaussures. Cherchez l'erreur. Pour l'entretien du linge, j'ai commencé à faire la lessive et à repasser...cette année. Avant c'était ma mère qui s'en chargeait. Je sais, c'est la misère !

    Le ménage est dur à gérer pour moi aussi même si je m'oblige à être rigoureuse. Je fais ma vaisselle midi ET soir, même s'il n'y a qu'une assiette, sinon j'ai tendance à tout laisser en plan pendant deux jours, et...berk, quoi.

    J'ai du mal avec les rendez-vous médicaux. Pas pour moi (je ne suis pas hyper sérieuse à ce niveau donc c'est facilement gérable, arf !) mais...pour mon chien !! L'emmener chez le vétérinaire est hyper stressant pour moi. Et souvent, j'avoue, c'est aussi mon père qui s'y colle...

    Bref, quand on juxtapose tout ça, force est d'avouer que mon autonomie est très relative. C'est un peu une autonomie de façade. J'ai l'impression que je "vieillis moins vite" que la moyenne. Dans le sens où en ce moment j'ai un peu l'impression que je commence seulement à sortir de l'adolescence. Allez, avec un peu de chance, d'ici 7 ans (et donc à 40 ans !) je serai totalement adulte !!


    2 commentaires
  • Il semblerait que les femmes Asperger soient moins facilement diagnostiquées que leurs homologues masculins. Pourquoi ? Mystère ! Peut-être parce qu'on a tendance à les prendre moins facilement au sérieux. Ou parce qu'elles "camouflent" mieux leurs différences et leurs angoisses. Parce qu'elles ont tellement à gérer (notamment quand elles sont mariées, mères de famille) qu'elles "s'oublient" et nient leurs différences jusqu'au jour où elle devient trop envahissante...

    Voici une liste non officielle, rédigée par Samantha Craft, autiste Asperger diagnostiquée à l'âge adulte, et elle-même mère d'un jeune homme Asperger, dans Everyday Asperger’s en mars 2012... Cette liste reprend des caractéristiques fréquemment trouvées chez les femmes Asperger. J'ai décidé de surligner en rouge les points dans lesquels je me reconnais, et de les commenter au fur et à mesure.

    Traduction par Véronique Laurent d'un texte qu'on peut trouver à cette adresse: http://aspergersgirls.wordpress.com/2012/03/31/day-62-females-with-aspergers-syndrome-nonofficial-checklist/

    Liste trouvée sur le blog "Dans les Fleurs"...

    Attention, c'est LOOOOOOOOOOONG !

    (presque aussi long qu'un Chihuahua-Saucisse...)

    Lire la suite...


    5 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique