• Être Aspie en image(s)...

     

    J'ai croisé cette image sur FaceBook, sur un groupe Américain dédié à Asperger, et j'ai eu envie de le reprendre à mon compte parce que je trouve qu'il résume l'essentiel... Je vais donc détailler les pictogrammes en commençant par le tout premier, en haut à gauche.

    1/ inappropriate laughing or giggling / rire ou gloussement non approprié : le drame de ma vie. Quand quelqu'un me raconte quelque chose de triste, je dois rester focalisée sur l'idée que c'est triste. Si je l'oublie, ou si je manque l'indice qui m'aurait indiqué que c'est vraiment triste, je risque au mieux d'avoir l'air indifférente, au pire de rigoler au moment où j'étais censée avoir l'air triste. Les minutes de silence sont un vrai cauchemar pour moi, j'ai intérêt à garder les yeux rivés sur le sol, et à ne surtout pas laisser mon esprit dériver !!

    2/ no real fear of dangers / pas de peur (de conscience surtout) du danger : ce petit pictogramme m'a immédiatement parlé quand je l'ai vu. Car il m'a rappelé des comportements que j'avais (que j'ai encore parfois) quand j'étais gamine. J'ai toujours eu une façon très particulière de traverser. Oh, je ne traverse jamais en-dehors des "clous", je suis très disciplinée là-dessus...MAIS si j'ai décidé que j'avais parfaitement le temps de traverser, alors même que des voitures arrivent, parce que dans ma tête il est évident que les dites voitures vont s'arrêter...bah je traverse. Je me suis vue traverser d'un trait un immense passage pour piéton paumé au milieu d'une nationale ultra fréquentée dans la banlieue de Tours... Et j'ai failli me faire renverser plus d'une fois quand j'étais adolescente... 

    3/ apparent insensibility to pain / manque de sensibilité à la douleur : le gros paradoxe ! Je suis douillette pour des petits bobos, et totalement insensible aux grosses douleurs. J'ai découvert que c'était quelque chose qui se retrouvait fréquemment chez les Asperger... Je peux hurler à la mort quand je me coupe avec une feuille de papier. Hier, je me suis coupée en ouvrant un carton, c'était le drame absolu, il m'a fallu un pansement tout-de-suite-maintenant... Il y a deux ans, j'ai bêtement trébuché dans la rue. Toute seule. Comme une grande. Et comme je n'ai AUCUN réflexe, je ne me suis pas protégée. Au lieu d'essayer d'épargner mon visage, j'ai voulu protéger mon sac et le téléphone qui se trouvait dedans. NO COMMENT. Je me suis retrouvée avec la partie droite du visage à vif, une énorme coupure au coin de l'oeil, une dent luxée (si si, ça existe !), une lèvre tuméfiée, bref, j'avais une drôle de tête. Le médecin, quand il m'a vue, a cru qu'on m'avait passée à tabac. J'ai eu 3 semaines d'arrêt. Des tas de comprimés contre la douleur, 3 radios, bref. Je n'ai avalé AUCUN anti-douleurs. Je n'ai pas eu mal DU TOUT. Et moi qui suis du style à ne pas supporter la vue d'une goutte de sang, je n'ai pas bronché en voyant mon visage scalpé. Cherchez l'erreur. Autre exemple plus ancien : quand j'étais gamine, j'ai été attaquée par de vilaines verrues plantaires (merci la piscine). Qu'il a fallu brûler à l'azote. J'allais chez le médecin tous les dix jours. Je ne bronchais pas, pour moi c'était désagréable mais sans plus, surtout parce que je ne pouvais pas marcher après. Mon père a eu l'idée bizarre d'adopter les mêmes verrues. Il est allé se les faire brûler, tout confiant, se disant que si sa fifille douillette ne bronchait pas, c'est que ça ne devait pas être bien méchant. Bah... Il s'en souvient encore !! Et ne comprend toujours pas pourquoi ça ne me faisait aucun effet !

    4/ May not want cuddling / peut ne pas vouloir faire de câlins : des câlins ? What an idea! Je DÉTESTE les câlins. J'ai toujours eu HORREUR de ça. Mais vraiment. Et les bisous. Oh my gosh, les bisous. De quoi me donner envie de m'enfuir au Pôle Sud.

    5/ Sustained unusual or repetitive play; uneven physical or verbal skills / jeux répétitifs ; compétences verbales ou physiques inégales : ahhhh les jeux répétitifs... Combien de fois j'ai entendu : "mais tu n'en as pas assez de jouer à ça ?"... Quand j'étais petite, je passais mes DEUX MOIS de vacances estivales à écrire. J'inventais des histoires, toute la journée. Je ne décollais jamais de ma chaise, sauf pour aller chasser l'escargot, ou pour regarder Rick Hunter à la télé. J'adorais aussi jouer aux petites voitures. Ou faire des puzzles (déjà !). Quant aux compétences verbales et physiques inégales... Le verbal... Bah... c'était du "verbal écrit", on va dire, car je parlais très peu, et qu'aux gens que je sélectionnais. Mais j'avais une excellente maîtrise du vocabulaire, de l'orthographe. J'étais du genre à lire le dictionnaire trois heures durant. Ou à faire des exercices de français toute seule, sans que personne ne me le demande. Et les compétences physiques... C'est simple, je crois qu'elles étaient -et sont encore- nulles. Je ne savais rien faire. Grimper aux arbres ? Faire du vélo ? Faire la roue ? Des pirouettes ? Nager ? Je n'ai jamais réussi à maîtriser tout ça. J'avais déjà du mal à faire mes lacets (j'ai mis facilement douze ou treize ans à maîtriser le truc !) et à ce jour je ne sais toujours pas tenir CORRECTEMENT un crayon ou une fourchette. Pendant longtemps j'ai cru que ça venait du fait que je sois une gauchère contrariée. Je n'en suis plus si sûre, désormais, car ces petits problèmes techniques sont fréquents chez les Aspies. Difficile donc de faire la part des choses !

    6/ May avoid eye contact / peut éviter de regarder les gens dans les yeux : c'est quelque chose que je peux faire, si je suis décidée (et généralement si je suis fâchée...auquel cas je fusille l'autre du regard...) mais que je n'aime pas. Clairement, si je peux éviter, ça me va très bien.

    7/ May prefer to be alone / peut préférer être seul : est-ce utile que je développe ? J'ai déjà pas mal parlé de mon rapport à la solitude ici ! Je ne me souviens pas avoir un jour ressenti l'envie, le besoin, le désir d'avoir de la compagnie...

    8/ Difficulty in expressing needs ; may use gestures / difficulté à exprimer ses besoins ; peut utiliser des gestes : ça m'arrivait souvent quand j'étais plus petite. Notamment quand il y avait d'autres gens que mes parents autour de moi. Ce qui me faisait passer pour une timide. Que je n'étais pas. Encore maintenant, si je suis contrariée ou fatiguée, je peux "perdre mes mots" et finir par résumer ce que je veux dire avec un geste.

    9/ Inappropriate attachments to objects / attachements inappropriés à certains objets : là encore, ça me parle, et pas qu'un peu. Bizarrement, je n'ai jamais eu de peluche fétiche, mais j'en avais DES TAS et il fallait qu'elles soient toutes disponibles quand je le voulais. J'étais aussi très attachée à certains objets. Il me fallait toujours le même type de mouchoirs sous l'oreiller, par exemple. Maintenant, j'ai tendance à toujours mettre la même bague, alors même que j'en ai des dizaines, et à avoir dans mon sac des trucs parfaitement inutiles mais que je dois avoir pour me sentir bien. Vers l'âge de 10/12 ans, je me suis démesurément attachée à un objet bizarre : le pistolet d'alarmé donné par mon grand-père. Ce n'était pas du tout un attachement affectif, ça n'avait rien à voir avec l'affection que j'aurais pu porter à mon grand-père (qui par ailleurs m'avait toujours beaucoup impressionnée !) mais c'était vraiment l'objet qui me fascinait. D'ailleurs il a passé de longues années dans le tiroir de mon chevet, et je ne m'en suis jamais débarrassée ! Je l'ai même emmené à l'école une ou deux fois, heureusement je ne me suis jamais fait prendre, ça aurait fait désordre ! Chez moi, je me promenais souvent avec, planqué sous les vêtements, et parfois même je le planquais sous l'oreiller. Pas pour me défendre d'une quelconque menace fictive mais parce que j'aimais l'objet pour ce qu'il était...

    10/ Insistence on sameness / insistance sur la ressemblance (ou la répétition, cette vignette-là n'est pas claire et le mot peut avoir deux sens) : pour le coup, si on parle de ressemblance, ça ne me correspond pas. Par contre, pour le côté répétitif, effectivement j'ai beaucoup de rituels... Pour le petit-déjeuner, le rangement des télécommandes, le coucher, le ménage... pour à peu près tout.

    11/ Echoes words or phrases / répétitions de mots de phrases (on appelle ça l'écholalie...) : figurez-vous que la première fois que j'ai entendu parler de cette particularité, je me suis dit : "ah tiens, ça, ça ne me correspond pas du tout !" Avant d'apprendre à m'observer dans les situations sociales. Et de me rendre compte avec horreur que, si, ça me correspond, et pas qu'un peu ! Si on me demande "bonjour, ça ?" je vais répondre : "bonjour, ça va ?"... Si on me dit "bonne soirée", je ne vais pas répondre "toi aussi" mais bien "bonne soirée". Le pire, c'est au téléphone (je maudis le téléphone !)... Ou le matin, quand j'arrive au boulot et que j'essaie de me surveiller pour ne pas ressembler à un perroquet maniaque.

    12/ Inappropriate response or no response to loud or unusual sond / réponse ou non réponse inapproprié aux sons trop forts ou inhabituels : arf. J'ai tendance à avoir les oreilles "qui traînent", et qui analysent tous les sons. Je peux vous dire à l'oreille si votre ordinateur a un souci. Je passe souvent pour une folle quand je dis "ah, tiens, il va bientôt falloir changer telle pièce de l'imprimante" juste parce qu'elle fait un bruit bizarre que j'ai associé inconsciemment à l'usure de la dite pièce. Mais je ne me trompe quasiment jamais. Quant aux sons trop stridents, ils me stressent horriblement. Les ambulances et les voitures de pompiers me font grincer des dents. Je peux faire un bond de dix mètres si un pétard claque à proximité, ou à l'autre bout de la rue. Ou si un marmot braillard passe en hurlant.

    13/ Spins or rocks self or objects / fait tourner ou balancer des objets...ou soi-même : je ne pensais pas non plus être concernée. Je ne me suis jamais balancée comme les autistes qu'on voit à la télé. Mais j'ai remarqué que je trichais. Je balance mon pied, souvent, quand je m'ennuie ou que l'angoisse monte (en réunion notamment). Et je fais tournoyer les objets genre crayons. J'ai notamment un tic, je prends souvent un crayon que je pose en équilibre sur le bout du doigt et que je fais se balancer. Mais ça reste plutôt discret.

    14/ Difficulty in interactions with others / difficultés à interagir avec les autres : hum. Comment dire ? Là encore je pense en avoir déjà parlé. Comme je l'ai déjà dit, gamine, je mordais les enfants qui avaient juste le malheur de vouloir jouer avec moi. Je ne recherche jamais l'interaction. Ce n'est pas spontané, et ça ne doit jamais durer longtemps.

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 3 Mai 2015 à 11:02
    Elora

    Viens faire un gros poutou-poutou !!! Non mais en vrai, je devrais réagir à chaque point lol

    2
    Lundi 4 Mai 2015 à 08:47

    @ Elora : he Quand j'étais petite j'ai choqué énormément de personnes en refusant obstinément les "bisous". Si on insistait ça finissait en crises de nerfs, lol.

    3
    Lundi 4 Mai 2015 à 14:37
    Elora

    Je n'embrasse même pas ma mère. Imagine la tête de son nouveau copain quand j'ai refusé tout net de l'embrasser. Il a cru que je refusais tout net de l'accepter... x)

    4
    Lundi 4 Mai 2015 à 15:51

    @ Elora : arf, ma mère quémande "un bisou" (damn it, j'ai 33 ans quand même !!) quand je la vois...alors même qu'elle-même n'aime pas spécialement ça, mais j'imagine que "socialement" on est supposé embrasser ses parents. Grumph. Je me rappelle de mon oncle, qui a voulu me consoler à l'enterrement de mon grand-père, et qui a jugé bon de vouloir me toucher l'épaule dans un geste de réconfort. J'ai fait un bond en arrière et je l'ai fusillé du regard, je pense qu'il s'est bien demandé ce qui me prenait (en plus je ne suis pas fan du personnage donc la réaction a été épidermique)...

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