• Être zen ? mission impossible !

    Dans le "package" Asperger, quelqu'un a eu la mauvaise idée d'inclure ma grande copine l'anxiété. Franchement, si vous me demandez mon avis, on s'en serait bien passé ! Parce que, qu'on se le dise, l'anxiété, c'est la plaie, et je ne dis pas ça juste parce que ça rime !

    D'aussi loin que je me souvienne, j'ai TOUJOURS été anxieuse, angoissée, nerveuse, stressée, prenez le synonyme que vous voulez ! Évidemment, à 7 ans, j'aurais bien été en peine de vous l'énoncer clairement. Je savais juste que, parfois, souvent à l'école, je ne me sentais pas bien. J'avais le tournis, des suées, des tremblements, la gorge nouée, le ventre en vrac... Je ressentais un gros mal-être général, mais comment l'exprimer ? J'ai mis des années à comprendre d'où ça venait. J'ai passé toute ma scolarité dans un état de quasi-panique permanent. Rares étaient les jours où je me sentais bien du début à la fin de la journée. Au mieux, je me sentais "mal à l'aise". Au pire, j'avais des crises d'angoisse que je ne comprenais pas. Et parfois même, joie suprême, je tombais dans les pommes.

    Il a fallu que j'atteigne l'âge adulte pour entendre parler de "crise d'angoisse" et "d'attaques de panique". Surprise, je rentrais totalement dans le tableau clinique. Tous mes symptômes bizarres et mystérieux s'intégraient dedans. Je n'avais jamais clairement abordé le sujet avec mon médecin. Pour être franche, je ne l'ai toujours pas fait, parce que sa seule solution, ce sont les anti-dépresseurs et les somnifères, et que moi, je REFUSE catégoriquement d'y toucher. Je précise ici que c'est un choix personnel, et que je ne dénigre en rien ces médicaments. Simplement, je ne me reconnais pas dans ces traitements, et je préfère gérer mon angoisse toute seule, quitte à parfois en souffrir, plutôt que de recourir à une béquille chimique.

    Il m'a fallu encore quelques années pour comprendre l'origine de cette anxiété : chez les Asperger, c'est quasiment un trait de caractère ! J'ai toujours tendance à répéter que tous les Aspies sont différents. L'anxiété, c'est l'exception qui confirme la règle. C'est là encore un critère de diagnostic. L'anxiété sociale, notamment, mais pas uniquement. Récemment, j'ai lu qu'un Asperger se préparait toujours au pire. Tout le temps, tous les jours. Et encore une fois, je n'ai pu qu'acquiescer, car c'est ce que je ressens en permanence : l'impression d'être tout le temps sur le qui-vive ! Au quotidien, c'est épuisant. Et c'est un vrai cercle vicieux. Parce que l'anxiété, ça s'auto-nourrit, si j'ose dire. Ça génère de la fatigue, qui génère de l'inquiétude ("suis-je malade ? est-ce normal d'être aussi fatigué ?") qui génère une sensibilité à l'environnement, qui lui-même est source d'angoisse, et qui finit par causer un état de stress, qui affecte le sommeil, le mode de vie, le quotidien... Bref. L'anxiété génère l'anxiété, et au final, quand la coupe est trop pleine, on dit bonjour qui ?! BONJOUR LA CRISE D'ANGOISSE ! Dans le meilleur des cas... Car sa copine L'ATTAQUE DE PANIQUE peut s'inviter à sa place, et pour l'avoir testée à quelques reprises, franchement, ce n'est pas agréable du tout !

    Personnellement, je sais que si j'ai le malheur de me fixer trop longtemps sur les conséquences de mon état anxieux, je vais délirer et m'inventer des tas de maux dramatiques. Je vais me surveiller à l'extrême, me fixer sur des choses idiotes ("ah mon dieu j'ai les yeux rouges c'est affreux je dois être malade !") et y laisser une bonne partie de mon énergie. C'est là que commence le fameux cercle vicieux cité plus haut. Parce que du coup je vais être encore plus fatiguée, et je vais être encore plus angoissée, jusqu'au point de non-retour qui se traduira par une jolie crise d'angoisse, généralement sortie de tout contexte, et que j'essaie de camoufler tant bien que mal !

    J'ai noté que mes crises d'angoisse survenaient à des moments précis. Par exemple, quand je décompresse d'un coup. Ou à l'inverse quand je suis pressée de déconnecter et que l'attente est trop longue. Par exemple, là, j'attends impatiemment mes vacances, j'ai l'impression qu'elles n'arriveront jamais, et du coup je suis horriblement stressée, et ça génère des crises d'angoisse. Qui vont me fatiguer. Et me transformer en zombie quand les vacances seront enfin là. Youpi !

    Je me suis fait une raison : je SAIS que je ne serai jamais zen, détendue, relaxée. C'est comme ça, il faut l'admettre, et pour autant il ne faut pas faire de cet état anxieux une fatalité ! Il faut trouver le juste milieu. Savoir accepter sa nature anxieuse, tout en essayant de la contrer le mieux possible. Il convient de ne SURTOUT PAS céder à la tentation de s'écouter. Quand je sens monter une crise d'angoisse, j'ai envie de me la jouer tortue planquée dans sa carapace. Si je m'écoutais, je resterais chez moi, cachée. A la place, je vais bosser, je fais semblant d'aller bien, et au final je me focalise sur autre chose et...surprise, je finis par aller bien pour de vrai ! Même si le soir je suis totalement crevée, car l'angoisse est un vampire qui pompe toute notre énergie, je me dis qu'elle n'a pas gagné la partie, que j'ai réussi à être la plus forte ! Et c'est bien là l'essentiel !

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