• La solitude, ce paradoxe...

    Hier, en échangeant sur le Net, quelqu'un m'a dit que j'étais sûrement Asperger.

    C'est rigolo, parce que je n'en avais absolument pas parlé, et parce que je ne faisais qu'échanger autour de la solitude. MA solitude, celle que je chéris depuis que je suis toute petite. J'étais sur un forum dédié aux gens novices en matière de relations amoureuses quand on m'a dit ça. J'y étais allée par curiosité, pour zieuter un peu les profils existants (et pour me rendre compte que décidément je ne rentre dans aucune case, ces gens-là aussi sont en grande souffrance morale et subissent leur situation, ce qui n'a jamais été mon cas, bref, passons...)... J'avais ouvert un fil pour me présenter, parce que c'était obligé, et donc j'avais exposé ma situation et mon mode de vie. Solitaire, donc.

    Il n'a pas fallu deux heures pour qu'on vienne me dire que je devrais "me forcer à voir du monde", "me trouver des activités moins solitaires", voire même carrément "voir un psy". Le ton n'était pas méchant, pas agressif, je suis persuadée qu'ils pensaient bien faire, mais...c'est un peu récurrent, ce discours, non ?

    La personne qui a parlé d'Asperger m'a dit qu'une autre utilisatrice s'était inscrite sur ce même forum une année plus tôt et qu'elle était Aspie, que son discours présentait des similitudes avec moi. Et m'a suggéré qu'Asperger pouvait expliquer ma vie solitaire. Ah ah ah. Je me marre, mon canard, parce que figurez-vous que les Aspies officiellement diagnostiqués, et même la psy que j'ai vue très très brièvement, m'ont dit que j'étais "trop" solitaire pour n'être "que" Asperger.

    Le paradoxe, donc, c'est que pour les gens lambda, ma solitude peut découler d'un Asperger. Et que pour les Aspergers, je suis trop solitaire (et trop égocentrique) pour être Aspie.

    Avouons que c'est comique...

     

    Du coup, ça m'a donné envie de revenir un peu sur cette histoire de solitude, même si j'avais rapidement abordé la question l'an dernier. Pour ma part, je considère que je suis Asperger ET solitaire. J'avoue, au tout début j'ai cru que seul Asperger pouvait expliquer mon amour inconditionnel de la solitude, mais j'ai vite réalisé que je me fourvoyais en me renseignant davantage que le sujet. Normalement, Asperger crée un sentiment d'isolement, une souffrance liée au fait que l'individu atteint est incapable de décoder les codes sociaux et de se mêler aux autres. Moi je sais décoder ces fameux codes (pas tous, uniquement ceux qui ont trait au travail... mais j'ai un gros côté "caméléon" qui m'a toujours aidée à m'adapter...) mais simplement je n'ai pas envie, pas besoin d'avoir une vie sociale. Et surtout, ça n'engendre aucune souffrance. Au contraire, c'est la socialisation imposée qui me fait souvent souffrir ! Quand je suis seule, dans le calme de mon domicile, livrée à moi-même, je suis paisible, tranquille, zen, calme, détendue, insérez l'adjectif de votre choix.

    Depuis que je suis toute gamine, on associe mon comportement solitaire à (entourez la réponse souhaitée) : une maltraitance parentale, une phobie sociale, une timidité maladive, un manque de confiance en moi, un complexe d'infériorité. Et j'en passe.

    Je n'ai jamais, jamais été maltraitée (moi j'étais plutôt du style enfant-tyran qu'enfant-tyrannisé...), je n'ai aucune phobie sociale (ni agoraphobie, au revoir Docteur !), je ne suis pas timide (réservée, oui, par choix, parce qu'on apprend énormément en observant d'abord et en prenant la parole plus tard...), et j'ai une très haute idée de moi-même (et tant pis si ça ne se dit pas !)... Et j'ai plutôt un complexe de supériorité qu'autre chose (oui, je sais, ça ne se dit pas non plus, mais je n'en ai pas honte !)...

    On m'a enquiquinée toute ma vie durant sur le sujet. Enfant, ça m'a valu des visites chez les psychologues scolaires. Qui au passage m'ont dégoûtée à vie des psys. Ado, ça me valait des réflexions de mes responsables de division, qui voulaient que je "prenne part à la vie en collectivité". J'aurais envie de leur dire, maintenant, avec le recul, que lorsqu'on s'acharne à forcer les gamins à faire des choses qui les répugnent, on ne parvient qu'à une chose, les bloquer davantage...

    Adulte, ça me vaut d'être encore taxée de "snob" ou d'être regardée comme une chose bizarroïde.

    Je n'ai jamais réussi à comprendre ce qui justifiait ces attitudes tordues.

    Je veux dire : pourquoi associe-t-on forcément la solitude CHOISIE à un mal-être, à une souffrance, voire, parfois, à une pathologie mentale ???

    Pour moi, la solitude, c'est juste une préférence, un trait de caractère à la limite, un mode de vie pleinement assumé surtout !

    Comme je l'ai déjà dit, je reste consciente que, peut-être, éventuellement, hypothétiquement, l'isolement que j'affectionne tant maintenant pourra me faire souffrir dans dix ou vingt ans. Mais soyons honnête, il serait ridicule de révolutionner un présent qui me plait pour prévenir d'éventuelles difficultés futures ! Sans compter que plus j'y réfléchis, et moins il me semble plausible que, hop, brusquement, d'un coup de baguette magique, je me dise : "ouin, je veux avoir des amis, je veux avoir une vie de famille, je veux sortir tout le temps"... Sauf gros coup sur la tête, franchement, ça m'étonnerait fort que je change de personnalité du jour au lendemain !

    Reste ce paradoxe de la solitude...qui rend parfois agressifs les autres. Ce n'était pas le cas hier, sur ce forum dont j'ai parlé plus haut. Mais ça a déjà été le cas avant. Plus d'une fois. IRL et sur le Web.

    Il y a des collègues qui m'ont prise en grippe parce que je fais "bande à part" en refusant de déjeuner avec eux, de participer aux soirées qu'ils organisent, d'aller aux pots de départ, voire récemment de donner de l'argent pour une collecte (quand je n'aime pas, je ne me force pas, même si officiellement je n'ai jamais rien reproché à la personne concernée par la collecte... Officieusement, c'était une autre histoire, j'ai donc refusé de jouer la carte de l’hypocrisie. Et de me séparer de mes dix euros. Navrée les gens, l'argent ça ne pousse pas sur les arbres...)... Il y en a une qui se sent persécutée parce que je ne lui parle pas assez. Et que j'ai refusé d'entrer dans le jeu absurde qui consistait à ramener un gâteau, chacun son tour, toutes les semaines. Partant du principe que je ne mangeais pas de gâteau (je fais gaffe à ma ligne, moi !) je n'ai jamais jugé utile de participer, surtout que la majorité des collègues vivaient le truc comme une corvée. Et devaient se farcir les commentaires désobligeants quand le gâteau n'était pas au goût de ces messieurs-dames. Merci bien.

    Au lycée, il y avait des filles qui pensaient que je les snobais parce que je refusais poliment de m'asseoir à côté d'elle en classe ou dans le bus.

    En primaire, les instituteurs me couraient après pour me forcer à aller jouer avec les autres, alors que je voulais juste lire sur mon banc.

    Et aujourd'hui encore, quand j'ai le malheur d'exposer mon mode de vie sur des lieux censés être des lieux d'échange (ce que je ne fais quasiment plus... à force, ça devient lassant d'entendre les mêmes réflexions !) on me dit que je "me fais des idées", que j'essaie de "me convaincre que je suis heureuse" ou encore que je veux "narguer les autres avec mon bonheur factice". Comme si, au choix, il était impossible OU malsain OU illusoire de trouver la solitude agréable et réconfortante...

    Je passerais sur le fameux discours qui répète en boucle que je suis forcément plus sociable que je le dis parce que je me sers d'Internet pour échanger. Ces gens-là ont une notion totalement faussée du Web. Ce sont sûrement les mêmes qui pensent avoir plein d'amis parce qu'ils sont envahis de demandes de gens qu'ils ne connaissent même pas sur FB...

    Au final, le vrai paradoxe, c'est que les gens comme moi, qui n'ont pas besoin d'avoir une vie sociale trépidante, qui n'envisagent pas de renoncer à leur mode de vie solitaire, qui ne s'ennuient jamais, même quand ils passent dix jours seuls chez eux...semblent déranger ceux qui n'envisagent pas de vivre sans amis et sans famille. Pourquoi ? Aucune idée ! Parce qu'on les renvoie à leur incapacité à supporter leur propre compagnie ? Parce que la solitude les angoisse et qu'ils nous en veulent de la trouver épanouissante ? Parce qu'ils ont été formatés par l'idée que "l'homme est un animal social" et qu'ils sont convaincus qu'on ne peut pas apprécier la solitude ? Parce que ce qui est différent fait toujours peur, quoi qu'on en dise ? Je n'en sais fichtrement rien.

    Personnellement, j'ai toujours estimé que mon mode de vie ne faisait de mal à personne. Et que donc personne n'avait le droit de me le reprocher... Je ne reprendrais pas l'adage qui dit "pour vivre heureux, vivons caché" parce qu'on va encore me dire que si on ressent le besoin de "se cacher" c'est qu'on a un souci avec le monde extérieur... Je dirais juste que notre vie nous appartient, individuellement, et que c'est à chacun de voir ce qu'il veut en faire. Si pour certains l'épanouissement passe par une vie sociale ultra riche, tant mieux. Si pour d'autres, comme moi, ça passe par une vie casanière et solitaire, tant mieux aussi ! Le principal, c'est que chacun y trouve son compte. Et qu'il arrête de lorgner le mode de vie du voisin...

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  • Commentaires

    1
    circonspect
    Lundi 6 Juin 2016 à 16:06

    C'est amusant. Je suis tombé ici par hasard en cherchant des infos sur des organismes de vacances pour enfants qui sauraient s'adapter à des personnalités "atypiques".  

    En relisant l'article sur lequel notre ami Google m'a conduit je cherche encore le lien avec les mots clefs saisis..... mais peu importe car je me  retrouve face à un témoignage que je n'aurai pas renié il y a quelques années.

    Tout y est.  La volonté de pouvoir choisir son mode de vie social sans avoir à "subir" le jugement des autres (de la majorité), le sentiment qu'en effet la majorité des gens n'aiment guère qu'on revendique un certain attrait pour la solitude pour des raisons diverses (cela les renvoi à leurs propres peurs ou malaises face à celle-ci, rejet de la différence par rapport à la norme sociale car déstabilisant,.....). 

    J'ai passé de nombreuses années à affirmer que je n'étais sans doute pas plus égoiste ou égotiste que la majorité des gens mais que j'étais simplement plus conscient de cette réalité intrinsèque à tout être vivant et que je l'assumais pleinement au contraire de beaucoup.  Certains dictons m'ont longtemps accompagné presque au quotidien  comme  "Il vaut mieux être seul que mal accompagné"  ou "Aux âmes bien nées la valeur n'attend pas le nombre des années".  Je le pense toujours mais je n'ai quasiment plus à m'en "servir". En tout cas j'ai passé une partie de ma vie à expliquer que je souhaitais profiter de la vie  et de tout ce qu'elle peut offrir et que de mon point de vue la meilleur façon de le faire était de ne pas m'installer dans une vie à deux voir plus afin de conserver ma liberté et mon indépendance.  Et je l'ai fait avec beaucoup de plaisir et de satisfaction. 

    Cela ne voulait pas dire tout faire tout seul mais plutôt trouver à chaque instant des partenaires d'activité pour les activités pour lesquelles il est préférable voir obligatoire d'être deux ou plus (jouer tout seul au tennis ou au rugby c'est délicat :)  même si je suis plutôt adepte des sports vraiment individuels). J'ai même fait des voyages avec des bandes de copains qui ont été des moments inoubliables dés lors que cela s'inscrivait dans un contexte particulier (ce n'est pas le quotidien) et que cela avait une durée limitée (quelque jours à 2 semaines) et surtout que cela se passait avec des gens avec qui il y avait un minimaximum d'affinités.

    J'ai souris à la lecture de nombreuses anecdotes sur les relations sociales au travail ou ailleurs en pensant que j'aurais pu écrire les mêmes il y a encore peu de temps. D'ailleurs je peux toujours pour certaines d'entre elles mais des contraintes d'exemplarité dans un souci de tirer le meilleur parti de chacun et du groupe m'imposent de faire quelques "efforts" pour d'autres. 

    Cela dit, je constate qu'avec l'expérience  j'ai appris à gérer ce coté "a-social"  ou plus exactement "moins-social" ou "différemment-social" au point de savoir en jouer avec les autres tout en vivant l'échange avec un certain plaisir.  Ca peut paraitre contradictoire au premier abord mais le fait est qu'avec le temps j'ai appris à mettre en place des stratégies qui me permettent d'être moi-même avec ma conception des interactions sociales tout  en étant assez "performant" sur les éléments les plus importants (pour les autres) de cette interaction sans que cela ne me coute.  Je ne le vis pas comme un effort ou comme de l'hypocrisie mais comme un moyen très efficace pour obtenir le meilleur des autres avec l'investissement minimum, notamment en terme de temps consacré au sujet. Le temps étant une denrée rare et donnant le sentiment de l'être de plus en plus au fil des années, cette efficacité m'apporte une satisfaction qui rend ces moments agréables. 

    Je ne suis pas sur d'être très clair mais il faudrait des pages pour décrire précisément ce cheminement et aborder l'ensemble des enjeux que cela implique.  Or, il s'agit d'un blog sur lequel je me suis de surcroît invité tout seul  donc rien ne dit que je n'ai pas déjà ennuyé  l'éventuel lecteur(trice).  On va donc à défaut de faire court essayer de ne pas faire trop long.

    Malgré les nombreuses similitudes qui m'ont fait répondre à cet article nos parcours diffèrent beaucoup mais là encore je ne vais pas commencer à écrire un roman pour décrire le mien. Je me contenterai de quelques réflexions à chaud :

    Rassurez-moi, parmi toutes les réponses sur ces sites d'échanges ou dans la "vraie vie" il y en a quand même eu pour vous soutenir dans vos choix  ou à minima pour ne pas vous juger et essayer de vous convaincre que ce n'était pas les "bons" choix.

    A vous lire j'ai le sentiment qu'il existe quand même une forme de contrariété par rapport aux réaction des autres au quotidien.  L'impression d'être jugé(e), de devoir se justifier ou se cacher  alors qu'on souhaite juste être tranquille et qu'on demande simplement aux autres de respecter nos choix comme nous respectons les leurs. Je l'ai vécu aussi plus jeune (jusqu'à 25-30 ans)  puis pour différentes raison cela a (quasiment) disparu.  Je dis quasiment car je suis ponctuellement confronté à des "boulets" qui ne peuvent visiblement s'empêcher de penser qu'ils détiennent la vérité  et veulent l'imposer aux autres mais je m'en débarrasse assez vite d'une manière ou d'une autre. Désormais je suis globalement  indifférent (sincèrement, je ne fais pas semblant je m'en moque réellement) à l'opinion des autres en dehors des quelques personnes qui comptent pour moi.  Là encore plus de temps à perdre à me soucier de ce que les autres peuvent penser de mes choix.  J'ai l'impression que pour le moment c'est la seule chose qui vous empêche d'être pleinement épanouie. 

    Enfin, j'adhère pleinement à l'idée qu'il ne sert à rien de vouloir forcer sa nature. Si vous n'êtes pas prête à partager votre vie que ce soit de manière amoureuse ou même amicale inutile de se forcer cela ne fonctionnera pas.  L'amour ou l'amitié ou même une simple relation de confort ne pourront advenir que lorsqu'on y est prêt c'est à dire quand on en a envie. Cela se traduira probablement par des envies de changements importants, le sentiment d'avoir "fait le tour" de ce que le mode de vie qui est le votre pouvait vous apporter et le désir de découvrir d'autres choses sans forcément avoir d'idée préconçue de ces autres choses.  C'est à ce moment là qu'il convient "rencontrer du monde" car vous aurez alors "fait de la place", plus ou moins grande peu importe, pour d'autres dans votre vie . Si d'aventure vous croisez les bonnes personnes (celles avec lesquelles vous aurez de véritables affinités)  durant ces périodes il sera alors possible de construire quelque chose.  Mais il serait  à mon avis contre productif d'essayer de rencontrer des gens avec un à priori sur la nature de la rencontres.  Il suffit une fois qu'on est prêt de croiser des personnalités (au sens de caractère aucun lien avec la notoriété) et si le courant passe de s'attarder un peu pour voir ce que cela peut donner. C'est cette curiosité qui va faire naitre le désir et l'envie.

    Cela étant dit, ce moment d'envie de changement profond peut très bien ne jamais arriver.  Le cas échéant il faudrait alors parvenir à faire totalement abstraction de l'opinion des autres dés lors qu'elle est négative pour se détacher du coté déplaisant des interactions sociales imposées. 

    De toute façon, si un tel moment d'envie de changement arrive rien ne dit que vous croiserez les "bonnes personnes". Vous aurez cependant une influence sur les chances que cela se produise via un choix  judicieux des contextes de rencontre  et une quantité suffisante (les proba sont formelles la taille de l'échantillon influe forcément :) )

    J'arrête là car j'ai le sentiment dans cette seconde partie de tomber dans le travers reproché plus haut c'est à dire penser que je connais la vérité et l'ériger en modèle pour d'autres. Il ne s'agit bien sur que de mon point de vue basé sur ma modeste expérience.  

    Espérons simplement que cette réponse contribuera à contrebalancer un peu toutes celles voulant vous "ramener à la raison"

     

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