• "Mais tu as un chien, pourtant !"

    En 2012, j'ai acheté un chien. Un petit chihuahua, baptisé Hagrid, dit La Saucisse parce qu'il est excessivement long.

    J'ai grandi avec des animaux. Les médecins avaient dit à ma mère que ça me rendrait plus sociable, ouverte aux autres, du coup la maison a été transformée en véritable ménagerie. Berger Allemand. Chats. Tortues. Lapin nain. Cochon d'Inde. Souris blanches. Canaris. Perroquets. Octodon. Et j'en passe. Il y a toujours eu des poils, des écailles et des plumes à la maison.

    C'est donc presque naturellement que j'ai toujours dit qu'une fois "chez moi" j'aurai un chien. Moi, je visais le gros chien bien massif. Le Berger Allemand, en fait. J'en voulais un, que j'aurais baptisé Jazzy, comme le chien policier d'une série que j'ai écrite voilà plusieurs années de ça.

    Mon rêve : un Berger Allemand !!

     

    J'ai donc acheté mon appartement. Et j'ai pensé : "youpi, tu as les murs, manque le chien !" Je ne sais pas si c'est un trait propre aux Aspergers ou pas, mais quand je cogite, ça peut prendre du temps. Je pèse le pour. Le contre. Puis inversement. J'étudie. Je m'enthousiasme. Puis je reviens sur Terre et je réalise que mon enthousiaste était quand même largement démesuré. Bref, tout ça pour dire qu'en mettant tout bout à bout (appartement de 70 m² avec un étage inaccessible pour un chien et un salon continuellement dans la pénombre du fait de son côté troglodytique, 5 à 7 heures d'absence par jour, logement situé en ville loin de tout espace vert, pas de moyen de locomotion, etc.) j'ai été bien obligée de réaliser que mettre un Berger Allemand dans un univers aussi restreint, c'était tout sauf intelligent.

    J'ai donc renoncé au Berger Allemand. Et pendant un temps, j'ai boudé : "si je ne peux pas avoir de BA, autant ne pas avoir de chien du tout !" Aucune race ne me convenait, en fait. J'avais pensé au basset : mon triplex et ses deux escaliers était totalement incompatible avec la colonne vertébrale hyper fragile de cette race de chiens. J'avais songé au bouledogue. Sauf que ça bave, et que la bave, berk, ça me dégoûte quasi physiquement. Le caniche ? Pas mon genre. Le Yorkshire ou le Westie ? Trop de frais de toiletteur. J'ai passé des heures à chercher THE DOG, le chien qui correspondrait à mes critères, qui pourrait être compatible avec mon logement, bref... J'ai fait chou blanc.

    Jusqu'à ce jour où le hasard s'en est mêlé. J'étais en vacances, avec mes parents, et sur le chemin du retour on s'est arrêté à une brocante. Et on a croisé la route d'un papy qui promenait un tout petit chien tout mignon. Un chihuahua.

    Sitôt rentrée, j'ai sauté sur mon ordinateur pour me renseigner. Pour moi, le chihuahua, ça avait toujours été ce petit machin aboyeur, trop fragile pour se déplacer sur ses pattes, qui tiendrait plus de la peluche que du chien. Appelez ça l'effet Paris Hilton. Et oh surprise, j'ai découvert que les chihuahuas "ordinaires" (comprenez : pas les "tea cups" ou les "toys" qui eux sont effectivement minuscules et fragiles au possible) pouvaient peser dans les 3,5 kg, étaient très résistants et totalement compatibles avec une vie en appartement.

    Dans la semaine qui a suivi, j'avais réservé mon chien. Le côté rigolo voulant que j'avais opté pour un chiot et que je suis repartie avec un autre, une toute petite chose qu'un défaut minuscule et sans conséquence avait transformé en paria (le monde de l'élevage est cruel, ce petit chien ayant un "prognathisme", à savoir une mâchoire un peu plus en retrait que l'autre, il n'était plus bon à rien, et donc "bradé"... Personne n'aurait voulu de lui pour la reproduction ou les expositions, et moi je ne voulais rien faire de tout ça, donc je l'ai adopté !)...

    Hagrid est un chien très agréable, qui n'a jamais fait l'ombre d'une bêtise, qui a été propre en dix jours et qui sait très bien se faire comprendre. Il est à mon image (mimétisme ? ou simple trait de caractère ?) : solitaire. Il ne cherche pas trop le contact, même s'il aime bien dormir sur le canapé à côté de moi (et jamais sur mes genoux). Il est très agressif avec les autres chiens. Il l'était aussi avec les humains, mais ça s'est calmé, sauf si l'humain en question lui semble menaçant. Il "sent" les gens, j'en suis persuadée. Il ne dit rien quand il croise la route de quelqu'un que j'apprécie. Il roule de la gorge quand il sent que la personne me dérange. Malgré sa petite taille, il est très protecteur.

     Hagrid, dit la Saucisse... On se demande bien pourquoi !

     

    Bref. Ce qui m'a amenée à écrire cet article, c'est que depuis que j'ai mon chien, il n'est pas rare que j'entende des phrases comme : "Mais tu as un chien ?  Pourtant tu disais que tu aimais être seule chez toi, tu vois, ce n'est pas si vrai que ça !"

    Et là... je ne comprends pas. Enfin si, en fait, je crois que je ne comprends que trop bien. Dans l'esprit de ceux qui font cette remarque, j'imagine que les gens qui vivent seuls et qui ont des animaux les ont précisément pour se donner l'illusion d'une présence.

    Est-ce que c'est si difficile d'imaginer qu'on puisse avoir un animal juste parce qu'on apprécie sa compagnie ? Sans chercher à combler je ne sais quel manque fictif ? Mon chien est un chien. Pas un chien "humanisé" (encore heureux !!) et je l'apprécie justement pour ça : parce que c'est un CHIEN. Pas un humain. Un chien, ça ne parle pas pour ne rien dire. Ça ne vous impose pas sa présence à tout bout de champs. Ça ne vous fait pas de scène parce que vous n'avez pas envie de sortir.

    D'un autre côté, je suis consciente qu'il y a une notion un peu thérapeutique là-dessus : effectivement, mon chien m'oblige à croiser du monde. Sans lui, je ne sortirais pas de ma bulle. Avec lui, je sors deux fois par jour pour la promenade. D'une certaine façon, il me pousse à sortir de mon "isolement" mais c'est un petit côté bénéfique que je n'avais pas spécialement envisagé en l'adoptant. Appelons ça un bonus. Je sais que je ne suis pas la "maîtresse parfaite" pour mon chien. Je ne suis pas tactile. Je dois me forcer à lui faire des caresses. A jouer avec. Parce que ça n'a rien de naturel ou de spontané chez moi. J'ai réalisé en le recueillant qu'effectivement, niveau affectif, sentimental, relationnel, j'avais des lacunes, plus grosses que je ne le pensais. Si j'en avais été consciente, je ne sais même pas si j'aurais poursuivi mon projet de prendre un chien, parce que j'aurais eu peur de le rendre trop malheureux. Ce qui aurait été une erreur, car les chiens, contrairement aux humains savent s'adapter aux particularités de leurs propriétaires. Mon chien sait que s'il veut retenir mon attention, il doit s'imposer. Il le fait très bien. Il grimpe sur le canapé, se met debout devant moi et me donne des coups de pattes au visage jusqu'à ce que je réagisse. Il a compris que c'était à lui de faire la démarche, que ce n'était pas moi qui amorcerais le contact la première.

     

    En fait, si j'étais un chien, je crois que ça me vexerait énormément qu'on puisse dire de moi que je "remplace la compagnie d'un être humain". Parce qu'un chien, c'est quand même mille fois mieux que ça.

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  • Commentaires

    1
    Mardi 28 Avril 2015 à 10:37
    Elora

    On dit "tel maître, tel chien", hein... 

     

    Un animal, particulièrement si tu t'en occupes bien, sera toujours à tes côtés et s'adaptera à toi;... Contrairement à un humain !

     

    L'avantage de mes animaux ? Je suis obligée de me montrer sociable que pour le véto ! tongue Pas de promenades du soir à prévoir ! happy

     

    Mais ils me correspondent bien... et je dois dire que je suis impressionnée de voir comment ils savent se faire comprendre !!!

    2
    Mardi 28 Avril 2015 à 14:44

    @ Elora : ah, ça, c'est sûr, la promenade féline, c'est rapide ! ;)

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